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Benoît Delépine : « Avec Groland on transmet un mauvais esprit »

Benoît Delépine alias Michael Kael / ©Xavier Lahache CANAL+

Lundi 17 septembre débute le Festival International du Film Grolandais de Toulouse, nom de scène FIFIGROT. Après Quend en Picardie et deux ans d’absence, nos voisins Grolandais trouvent ainsi une nouvelle terre d’asile sous l’impulsion de franco-grolandais locaux téméraires. L’espoir pour ces binationaux : que le festoche prenne racine dans les briques. L’évènement coïncide cette année avec les 20 ans du Groland. Films, concerts, expos, gros programme durant une semaine dans la « ville grose ». Benoit Delépine, acteur-réalisateur, vrai-faux reporter alias Michael Kael, vous en dit plus (ou pas).

 

Prêt pour les festivités qui redémarrent après deux ans d’absence ?

Je me prépare ! Je suis d’ailleurs en pleine remise en forme en vue du festival. Lundi je resterai raisonnable, j’ai un discours à prononcer. Il y a eu deux ans d’arrêt effectivement après les cinq ans à Quend. C’est vraiment dommage parce qu’il y avait des gens extraordinaires mais ça devenait trop compliqué à organiser là-bas…

 

Toulouse a bonne presse au Groland ?

Oui. A Toulouse, on a toujours été soutenu avec Gus (Gustave Kervern, ndlr) pour nos films et notamment par les cinémas Utopia. Et puis à Toulouse, l’initiative vient des Grolandais eux-mêmes. On travaille avec eux et l’association « A côté » depuis un petit moment maintenant. On est en phase avec eux.

D’ailleurs c’est comme ça qu’on aime faire, il faut que ça vienne des gens eux-mêmes. C’est un peu l’inverse des autres émissions de TV qui sont complètement markétées. Du coup au fil des ans, sans rien demander, on s’est retrouvé avec un chevalier du Groland qui porte nos couleurs sur sa moto, on a aussi une équipe de football en Normandie qui défend nos couleurs et on a une ville jumelée avec le Groland.

 

« Un film grolandais ? Ça veut dire drôle, engagé, bizarre, fauché aussi. Souvent tout à la fois »

 

Le festival dure une semaine, 9 films sont en compétition, un grojury présidé par Bertrand Blier… Vous donnez le maximum de place aux films ?

A Toulouse on peut vraiment recentrer le festival sur le cinéma. A Quend, il n’y avait qu’un cinéma en dur, on devait diffuser des films sous chapiteaux dans des conditions parfois délicates. A Toulouse on aura beaucoup de salles partenaires et on pourra projeter dans de très bonnes conditions.

Les films c’est plus important que tout le reste. J’espère que le festival ne sera pas parasité par l’image décalée et trop festive de Groland parce que c’est clairement le cinéma qu’on veut mettre en avant. Michael Kael, le président Salengro, tout ça c’est bien, aller boire un coup c’est bien aussi mais le plus important ce sont les films.

 

Justement dans le grojury ou même dans les films hors compétition, il y a des gens qui travaillent avec vous régulièrement comme Bouli Lanners, vous ne craignez pas que ça donne un côté « festival entre amis » ?

Non, je ne pense pas que ce soit un festival entre amis. Bouli, on adore ses films et même s’il est peut-être plus connu que d’autres réalisateurs présents, ses films passent vite et ne restent pas longtemps en salle, c’est l’occasion de les montrer à nouveau et j’espère à un jeune public. On projettera aussi en compétition beaucoup de jeunes réalisateurs.

 

C’est quoi un film grolandais ?

Grolandais ? ça veut tout et rien dire. C’est un état d’esprit. Ça veut dire drôle, engagé, bizarre, fauché aussi. Souvent tout à la fois. C’est finalement plein de styles différents. Mais à travers ce festival on veut surtout donner leur chance à des films et des réalisateurs qui ne sont pas ou peu distribués.

 

« On a retrouvé des os des premières majorettes grolandaises qui dataient du quaternaire »

 

Vous diriez que vous êtes des défricheurs ?

Non, je ne dirais pas ça mais plutôt qu’à travers les films qu’on propose nous sommes des transmetteurs. On transmet un mauvais esprit je crois ! (rires) C’est vrai qu’on a eu la chance de diffuser Borat par exemple pour la première fois en France, Roy Andersson ou les Yes Men avant qu’ils ne soient davantage connus.

Cette année, beaucoup des films en compétition sont inédits ou presque en France et ne seront pas distribués ici. A moins qu’on parle d’eux après Toulouse ! J’ai d’ailleurs un petit faible pour l’un d’entre eux déjà… Mais je ne veux pas influencer le grojury.

 

Vous avez quand même obtenu l’Amphore d’Or pour Louise Michel en 2008, ça veut bien dire que le jury est totalement corruptible…

(rires) Ça prouve l’inverse je crois. Ils n’auraient jamais dû me le donner, c’est interdit. J’étais très gêné sur scène d’ailleurs. Mais ça montre que les jurés sont parvenus à dépasser les questions d’éthique. Cette année au moins, notre dernier film avec Gus est déjà sorti, du coup il n’est pas en compétition, on ne risque rien.

 

« Bertrand Blier ? Je ne sais même pas s’il connaît Groland ! »

 

Comment choisissez-vous les films en compétition ?

Pour la sélection, on a beaucoup échangé avec les gens d’Utopia à Toulouse, des gens du festival de Cannes. Je vais de mon côté dans pas mal de festivals pas très connus, Noël Godin (l’entartreur belge, membre du grojury du festival, ndlr) est aussi très au point sur les films pointus. Au final c’est une sélection collective.

 

Et Bertrand Blier, pourquoi l’avoir choisi ? Il a accepté de bon cœur ?

Bertrand Blier, je ne le connaissais pas mais on est fan de ses films. On l’a croisé deux ou trois fois avec Gus et on a sympathisé. Du coup je l’ai appelé pour lui proposer d’être le président du grojury même s’il est assez ours comme garçon. Il a accepté tout de suite. Après ça, j’ai lu une interview de lui où il disait qu’il détestait les festivals et être invité (rires) ! Mais il n’a pas posé plus de questions que ça ni de problème. Je ne sais même pas s’il connaît Groland ! (rires)

 

 

A côté des films, il y a notamment une exposition sur la préhistoire du Groland au Muséum de Toulouse. Le Groland est aussi vieux ?

Bien sûr que le Groland a un temps préhistorique. On a retrouvé des os des premières majorettes grolandaises qui dataient du quaternaire. Mais j’ai hâte d’en savoir plus en tout cas.

 

Ce festival coïncide avec les 20 ans de Groland. On imagine qu’en démarrant vous ne pensiez pas fêter cet anniversaire ?

Groland, on ne pensait même pas fêter ses un an au moment de notre premier pilote il y a plus de vingt ans. On l’a présenté à toutes les chaînes de France qui l’ont unanimement rejeté (rires) ! C’est resté dans les cartons pendant trois ans. Quand Alain De Greef (ancien directeur des programmes de Canal+) nous a demandé de faire un JT on lui a dit : « oui, à condition qu’on puisse faire Groland ». Il nous a laissé faire mais il n’y croyait pas.

Ça fait maintenant douze ans qu’on a notre propre émission. Chaque année on se dit : « non, cette année ça va s’arrêter ». Et puis on arrive à se régénérer, certainement parce que nous sommes tous des auteurs au Groland et les nouveaux apportent leur savoir-faire. Cette saison, la nouvelle formule « Made in Groland » est véritablement 100% grolandaise. Tout est fait par des membres de l’équipe, du générique au plateau.

 

« Si des politiques veulent venir au festival, pourquoi pas, à condition que leurs discours ne soient pas trop longs »

 

Vous l’expliquez comment ce succès ?

Sur le fond ce qui plaît c’est cette envie d’être libre, le fait qu’on soit dépositaire d’un certain humour. Mais il ne faut pas se raconter d’histoire non plus, si on a duré 20 ans c’est parce qu’on est sur une chaîne qui marche par abonnements. Sur une chaîne hertzienne classique on aurait pas pu tenir à faire nos sketches. Malgré ça on aurait quand même pu sauter par deux fois. Mais ils nous ont gardés, par pitié je pense.

 

On s’est laissé dire que certains élus locaux voulaient venir prendre la parole durant le festival…

Il y a des politiques grolandais de tout bord vous savez. C’est bien. A Quend, la région et le département nous ont soutenu. On en avait besoin. De toute façon il faut mettre de la grolanderie dans le monde politique qui en a bien besoin. On est pas sectaires. Le Groland est jumelé avec Angoulême qui a l’époque avait un maire centriste. Alors que Groland est plutôt à gauche quand même. Si des politiques veulent venir au festival, pourquoi pas, à condition que leurs discours ne soient pas trop longs.

 

La défaite de Nicolas Sarkozy c’est de l’inspiration en moins pour Groland ?

Sarkozy faisait tout pour être énervant. Ce bonhomme se situe au-delà d’une simple histoire humaine. Il inventait une histoire par jour, c’était exténuant. Hollande la joue travailleur de l’ombre. Aujourd’hui je trouve que tous les médias, du Canard Enchaîné au Figaro en passant par les hebdos rament comme des brutes, ils le critiquent comme des dingues pour la survie de leurs titres alors qu’il vient d’arriver.

Du coup après Sarkozy, on a changé notre fusil d’épaule. On se foutra de la gueule de Hollande bien sûr, on a déjà François Groland, mais ce ne sera pas notre pain quotidien. Notre petit pays repart à l’attaque et on s’inquiète plutôt qu’il n’ait plus d’usines.

 

D’ailleurs vous êtes originaire d’où au Groland ?

Je viens du nord du Groland, Regardez la carte, à la frontière avec Angoulême. C’est plus pratique pour rentrer chez moi (Benoît Delépine vit près d’Angoulême, ndlr)

 

Pour terminer, à votre avis le meilleur moment de la journée pour lâcher un « Banzaï » c’est quand ?

Un banzaï ? Quand je me lève le matin, tout simplement. Sous la douche. C’est le meilleur moment pour ça.

 

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>> Le Festival International du Film Grolandais de Toulouse se tient du 17 au 23 septembre. Les films en compétition et hors compétition sont projetés dans différents cinémas (ABC, Utopia Toulouse et Tournefeuille, Cratère, ESAV). Tous les soirs de la semaine des concerts sont organisés au Connexion Café, la Dynamo… Voir le programme complet ici.

>> Carré d’Info, partenaire du Festival, sera présent tout au long de la semaine pour couvrir l’évènement. Retrouvez tous les jours sur notre site dédié compte-rendus, vidéos, interviews, photos…

>> Made in Groland, chaque samedi à 20h25 en clair sur CANAL+.

 

Mots-clés : groland

3 RÉACTIONS

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Le quaternaire n'est pas si vieux en fait, puisque aujourd'hui on est toujours en plein dedans ! Mais les scientifiques grolandais ayant toujours une longueur d'avance, ils ont peut-être leur propre définition.

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

Attention on va vous accuser de révisionnisme des origines du Groland !

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