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[Débat du mois] Partage des savoirs : quels enjeux pour les innovations technologiques et numériques ?

Au Toulouse Hacker Space Festival 2012 / Photo Carré d'Info

Carré d’info et le pôle actualité de la Médiathèque de Toulouse vous proposent tous les mois en partenariat un débat d’actualité sur des thèmes qui animent la ville.

Débat  le mercredi 29 mai à 18 heures au pôle actualité de la médiathèque José Cabanis. Laurent Guerby, président de Tetaneutral.net, Guillaume Gasnier de l’association Toulibre, un représentant de la société Makina Corpus et Yves Duthen, professeur en recherche informatique à Toulouse et membre du Fablab Artilect seront présents.

D’ici là, n’hésitez pas à commenter et poser vos questions. Pour cela, trois solutions:

  • dans les commentaires à la suite de cet article,
  • sur la page Facebook de Carré d’Info
  • sur Twitter avec le hastag #DIYtoulouse (DIY pour Do It Yourself), les tweets seront visibles dans cet article.

 

Ils partagent et collaborent pour bidouiller, transmettre des savoirs, rendre plus accessible des techniques, démocratiser des outils numériques ou encore mieux éclairer le citoyen. A Toulouse plusieurs associations et collectifs ont vu le jour et en font une ville plutôt active dans ce domaine. Il s’agit notamment du Fablab Artilect, le hacker space Tetalab, le fournisseur d’accès à internet associatif Tetaneutral.net, l’association de promotion du logiciel libre Toulibre…Des noms encore barbares pour beaucoup mais qui cachent pour certains d’entre eux, selon des experts, la possible prochaine révolution industrielle. Et sont aussi porteurs d’utopie ?

 

1) Imprimante 3D, la future machine à vapeur ?

2) Fablab Artilect, l’atelier 2.0

3) Tetaneutral.net (FAI Associatif Toulousain) : « Qu’est-ce qu’il y a derrière ma box ? »

4) Toulibre, promouvoir le logiciel libre et une certaine éthique

5) Mairie de Toulouse : « Soutenir les emplois de demain sans créer de modèles »

 

1) Imprimante 3D, la future machine à vapeur ? (retour au sommaire)

« Les révolutions qui changent la culture, la manière de commercer, de vivre, de consommer, de penser et l’économie débutent quand vous mettez le pouvoir dans les mains de Monsieur et Madame Tout-le-monde ». Ainsi parle Chris Anderson, ancien directeur du magazine américain Wired, spécialisé dans les technologies dans une interview au journal Suisse L’Hebdo.

La prochaine machine à vapeur sera-t-elle dans votre salon ? C’est ce que pensent certains qui voient notamment dans l’imprimante 3D une innovation capable de bouleverser le modèle industriel et notre mode de consommation actuels. Une imprimante 3D permet, comme son nom l’indique, de créer un objet chez soi à partir d’une image sur son ordinateur. Au-delà des impacts sur le modèle industriel, les perspectives envisagées sont importantes : réduction des coûts du production, du gaspillage de matériaux pour la production, possibilité pour des zones reculées d’obtenir des produits trop coûteux à acheter ou à faire venir…

Ces makers ou bidouilleurs doués, sont aussi porteurs d’une nouvelle façon de produire, beaucoup plus collaborative et qui bouscule notamment la question du copyright. Si beaucoup demain possèdent une imprimante 3D dans leur salon, il sera alors possible théoriquement de reproduire tout objet. Une projection qui risque de bouleverser la notion et les règles entourant les brevets. Porteurs d’innovations technologiques mais aussi d’utopie ?

Si vous trouverez dans le container du Tetalab ou dans l’atelier d’Artilect tout plein d’objets en plastique créés à partir d’imprimantes 3D comme un maître Yoda, ailleurs dans le monde d’autres possibilités sont apparues récemment. Comme la fabrication d’objet à partir de sable et d’énergie solaire.

 

 

Mais les imprimantes 3D peuvent également utiliser comme matériau autre chose que du plastique. De la nourriture par exemple. Ainsi, récemment la NASA a fabriqué un biscuit au chocolat grâce à ce type de matériel. Et on a trouvé également trace d’une pizza fabriquée de la même façon.

 

 

Biscuits, ustensiles, pizza mais aussi des armes. Les imprimantes 3D ont déjà permis de créer des armes et la police australienne a récemment fait part de ses inquiétudes. Un représentant a notamment affirmé que ses services avaient fait le test : pour 35 dollars de matériau et 1700 dollars consacrés à l’achat de l’imprimante, ils étaient parvenus à créer une arme.

L’imprimante 3D est issue du monde industriel et est aujourd’hui portée par les milieux universitaires et le monde des hackers dans des espaces collaboratifs et de partages. A Toulouse, vous trouverez ces drôles de machines au Fablab Artilect, créé en 2010 et au hackerspace Tetalab. Ce dernier organise le Toulouse Hackerspace Factory du 22 au 26 mai prochain. Nous y étions allés en 2012.

 

2) Fablab Artilect, l’atelier 2.0 (retour au sommaire)

« C’est un peu comme les débuts de l’informatique ». Nicolas Lassabe et les autres membres du Fablab Artilect (pour Laboratoire de Fabrication) à Toulouse expérimentent ces nouveaux « débuts de l’informatique » depuis 2009 au sein de l’association. Le lieu, soutenu par Toulouse Métropole notamment, accueille néophytes comme avertis au milieu des fraiseuses, découpes et imprimantes 3D.« C’est un atelier de fabrication numérique. Un atelier 2.0 si on veut. On a des machines reliées à des ordinateurs et on fabrique à peu près tout ce qu’on veut. » Ceux qui poussent la porte du Fablab sont étudiants, porteurs de projets ou entrepreneurs en quête d’une innovation ou d’un prototype à mettre sur pied. Certains arrivent avec un projet ficelé et le fichier déjà prêt qu’il ne reste plus qu’à imprimer sinon l’association aide à concrétiser les idées et enseigne le fonctionnement des outils mis disposition.

Le public est varié. Nicolas Lassabe cite pêle-mêle :

  • « des architectes viennent faire des maquettes en 3D qu’ils font d’habitude à la main;
  • des designers;
  • des gens qui veulent remplacer une pièce comme un photographe par exemple qui a cassé une pièce de son pied et qui est venu la recréer avec une imprimante 3D;
  • des artistes viennent également créer des maquettes ou des gravures;
  • des laboratoires sont venus pour créer des outils de biologie ou faire un robot permettant de désherber;
  • des gens sont venus faire leurs pions de jeux de société;
  • un particulier est venu pour faire le patron de la mosaïque de sa piscine… »

 

Le programme plutôt que l’outil

Le Fablab n’est pas là pour simplement réaliser votre cahier des charges. « Le plus important : on échange et on partage nos compétences. C’est un lieu de démocratisation des outils« , précise Nicolas Lassabe. Le Fabalb est également en lien avec le milieu universitaire toulousain et reçoit déjà « des stagiaires qui viennent pour la partie prototypage à côté de leur enseignement théorique ».

Le partage des savoirs implique donc un changement important dans la manière de fabriquer. « Dans la fabrication numérique c’est le programme qui génère le fichier qu’on imprime qui est le plus important. On arrive sur un modèle de fabrication où il est plus intéressant de contrôler le programme que la machine. Par exemple à Barcelone, un programme de préfabrication de maison solaire par modélisation 3D a été créé. Suivant notamment les paramètres de géolocalisation et de courbe su soleil il génère une forme de maison optimale pour capter l’énergie solaire et adaptée aux conditions climatiques du lieu. La forme de la maison et son orientation est alors différente qu’elle se trouve à Barcelone, Helsinki ou Paris. »

 

Fabriquer son manche de raquette de tennis

Les imprimantes 3D et la fabrication numérique des objets (en attendant pourquoi pas la nourriture) est-elle la révolution que certains annoncent ? « C’est une nouvelle façon de fabriquer. Jusqu’à maintenant le modèle industriel créé un modèle, un moule que l’on reproduit. Avec la fabrication numérique on peut créer en grande quantité des produits différents. » Pour Nicolas Lassabe, l’enjeu de ces nouveaux lieux de partage des savoirs reste la démocratisation des outils. Pour autant elle ne pourra vraiment intervenir que lorsque leur « utilisation sera simplifiée ».

Les imprimantes 3D bientôt dans votre salon ? « « Il y aura des machines pour les laboratoires, d’autres pour les fablab, d’autres pour les particuliers. » Il voit cependant des applications concrètes à la présence de telles machines et la maîtrises de techniques numériques par les particuliers. Notamment dans le domaine du jouet.« Je pense que la première utilisation grand public des imprimantes 3D concernera peut-être le jouet. Comme les Lego par exemple ». Mais aussi plus largement dans la fabrication de produits sur-mesure. « On pourra customiser des pièces, en créer chez soi pour améliorer les personnages. On pourra aussi se faire des objets ergonomiques comme un corset adapté à son dos si on a des problèmes, un manche de raquette de tennis adapté à sa main et sa prise. »

L’avenir est selon lui prometteur pour l’économie numérique découlant de ces innovations technologiques. Un intérêt que les collectivités devraient saisir et notamment l’agglomération toulousaine. « Il y a un vrai intérêt à se positionner sur ce créneau. Il n’y a pas encore une région en France avec des start-up tournées vers l’impression 3D. »

 

3) Tetaneutral.net (FAI associatif) : « Qu’est-ce qu’il y a derrière ma box ? » (retour au sommaire)

Toulouse abrite également le plus important fournisseur d’accès internet (FAI) associatif de France. L’association Tetaneutral.net, présidée par Laurent Guerby, revendique près de 300 adhérents aujourd’hui. Comme un FAI traditionnel, elle peut vous relier à l’internet haut-débit, mais là n’est pas son seul objectif. « On n’a pas vocation à grossir à l’infini, mais d’être une boîte à outils et à conseils, nous expliquait son président. L’idée c’est de pouvoir répondre à la personne qui se demande ‘qu’est-ce qu’il y a derrière ma box ?’. Et ça, les opérateurs traditionnels ne le font pas. Les gens sont très demandeurs, et nous on fait le relais entre leurs attentes et les sources du savoir. »

Aujourd’hui, l’association a notamment fait parler d’elle grâce à son action pour permettre de relier des « zones blanches » en Haute-Garonne notamment dans le Comminges, à l’internet haut-débit. C’est aussi à un public particulier que s’adresse Tetaneutral : les élus. « Il y a un gros manque d’informations chez les élus sur ces questions. J’en rencontre beaucoup qui me déballent le petit manuel du parfait lobbyiste d’Orange. Il y a énormément de synergie à faire pour gérer les sous-sols et les installations télécoms ». Son rêve est que « les infrastructures télécoms soient gérées de façon collaborative, avec les usagers et que la collectivité en soit propriétaire ».

 

4) Toulibre : promouvoir le logiciel libre et une certaine éthique (retour au sommaire)

L’association Toulibre a été fondée en 2005 avec l’idée qu’il n’y avait « pas assez de choses faites pour le logiciel libre en direction du grand public » explique Emmanuelle Helly, membre du conseil d’administration. L’association propose des rencontres un mercredi sur deux et des ateliers techniques tous les samedis au centre culturel Bellegarde.« Les gens viennent avec leur ordinateur pour installer Linux. On discute de sujets autour du libre et au-delà. Lors des ateliers nous faisons des initiations au langage informatique et différents logiciels libres. »

L’association se veut un lieu d’échanges, d’information et d’initiation. Dans le public : des convaincus et des professionnels mais pas que. « On a des programmeurs qui viennent parce qu’ils aiment l’ambiance mais on a aussi des gens qui ne sont pas armés pour installer seuls Linux, pour utiliser un logiciel ou même envoyer un mail », poursuit Emmanuelle Helly. « Se mettre au niveau de ces personnes nous aident aussi à comprendre », explique Guillaume Gasnier membre de l’association. Il n’y a donc pas que les geeks qui y tienne salon. « Certains sont déjà convaincus par le côté éthique du libre. Mais d’autres ne le sont pas forcément et veulent essayer autre chose. D’ailleurs on ne force personne. S’il y a un rejet, on ne leur installe pas Linux », assure Emmanuelle Helly.

 

« L’armée tourne actuellement sous Windows et va peut-être le rester. Windows c’est Microsoft, une entreprise américaine et l’armée ne maîtrisera pas le code. Ce n’est pas neutre. »

 

Pour le grand public un logiciel libre signifie souvent logiciel gratuit (freeware en langage informatique). « Un freeware n’est pas un logiciel libre, c’est un logiciel propriétaire. Il faut avoir accès au code source du logiciel pour éventuellement pouvoir le modifier et le redistribuer« , détaille Guillaume. Le logiciel libre qui s’oppose par définition au logiciel propriétaire qui ne peut être ni copié ni modifié. Pour Emmanuelle Helly, « un logiciel est la traduction d’une idée, ça ne devrait pas être brevetable« . Dans l’univers du libre la notion de communauté est essentielle. « Sans échange et communication, le libre n’existerait », lâche Guillaume. « Il y a des cycles de redistribution, explique Emmanuelle. Pour des petits logiciels on peut contacter directement l’équipe pour lui faire remonter des informations. Pour les plus gros, il y a plusieurs niveaux. On peut simplement rapporter un bug ou participer à créer de la documentation, à modifier le code ou participer à l’équipe de traduction. Parfois un logiciel est mort ou cesse d’être développé faute de combattants. Mais il peut repartir à tout moment puisque le code source est là et partagé. »

Posséder le code source d’un logiciel n’est pas qu’une question de partage dans la communauté informatique ou d’éthique, c’est aussi une question de liberté et d’indépendance. Emmanuelle prend l’exemple du parc informatique de l’armée française. « Il va bientôt y avoir un appel d’offres. L’armée tourne actuellement sous Windows et va peut-être le rester. Windows c’est Microsoft, une entreprise américaine et l’armée ne maîtrisera pas le code. Ce n’est pas neutre. » Le contrat actuel entre l’armée française et la société américaine prend fin d’ici quelques jours relate. La rédaction du Vinvinteur, émission sur l’actualité digitale sur France 5, a eu accès à un rapport rédigé avant la signature du précédent contrat et qui liste les dangers potentiels : « Atteinte à la sécurité nationale, problème de neutralité, monopole et dépendance : le compte-rendu d’une vingtaine de pages dénonce (derrière les apparents avantages pratiques et financiers) une montagne d’ « effets secondaires indésirables” qui devait être évitée, par bon sens ». « Mais la gendarmerie tourne sous Linux ! « , se réjouit Emmanuelle Helly.

 

5) Mairie de Toulouse : « soutenir les emplois de demain sans créer de modèles » (retour au sommaire)

L’utilisation de logiciels libres revêt aussi un caractère économique. Ainsi la mairie de Toulouse est en train d’organiser sa migration vers la suite bureautique LibreOffice (équivalent libre de la très célèbre suite Microsoft Office). « Cela représente une économie d’environ 1 million d’euros« , explique Erwane Monthubert, conseillère municipale déléguée aux TIC (Technologie de l’Information et de la Communication) à la Ville de Toulouse.

« L’enjeu du libre et de ces lieux de partages pour une collectivité comme Toulouse, c’est le développement économique, la créations d’entreprises et d’emplois », poursuit l’élue. Au-delà du monde du libre et autres communautés de makers, selon une étude de la Chambre de Commerce et d’industrie de 2011, l’économie numérique dans la région Midi-Pyrénées représente :

  • 2900 entreprises TIC
  • 27.000 emplois

Mais une collectivité comme l’agglomération Toulouse Métropole soutient également financièrement des initiatives comme Artilect, le Fablab toulousain. Pour ces lieux « l’enjeu est d’aider la forte capacité d’initiative de ces communautés qui inventent les emplois de demain. Il faut être dans l’expérimentation et ça passe par ces acteurs-là. Mais en aucun cas, une collectivité comme la nôtre, ne doit pas créer des modèles », affirme Erwane Monthubert.

L’engagement et le soutien au secteur de l’agglomération passe également par le projet de Laboratoire des Usages du Numérique. Une structure dont les contours y compris juridiques ne sont pas encore totalement définis mais auquel le champ universitaire et de la recherche sera associé. « C’est un lieu où l’on pourra tester, innover avec une vocation économique ou non. Il y aura aussi une vocation économique et sociale. Quand on teste des outils pour lutter contre la dépendance, pour la propreté, les transports on a forcément cette vocation sociale. »

 

« La connectique a changé des choses mais elle n’a pas profondément renversé la hiérarchie sociale du monde. »

 

La collectivité se veut ainsi attentive aux potentiels de ces communautés et nouvelles économies. Toutefois, l’élue reste prudente. L’imprimante 3D, la prochaine révolution industrielle ? « Je place un certain espoir dans ces innovations. Mais l’avenir social ne se prédit pas aussi facilement et nous ne savons pas encore quelles seront les conséquences sur nos usages et nos façons de produire. La connectique a changé des choses mais elle n’a pas profondément renversé la hiérarchie sociale du monde. »

 

 


 

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