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[Débat] Vidéosurveillance à Toulouse : la caméra n’est pas la panacée

Le débat Carré d'Info/Médiathèque Cabanis sur la vidéosurveillance à Toulouse - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

Pour leur débat du jeudi 20 juin, Carré d’info et le pôle actualité de la Médiathèque de Toulouse José Cabanis, avaient choisi de discuter de la problématique de la vidéosurveillance à Toulouse. Claude Touchefeu (PS) adjointe à la politique de la ville, Antoine Maurice (EE-LV) vice-président de Toulouse Métropole et Christian Raynal (UMP) conseiller municipal et ancien adjoint à la sécurité lors de la précédente mandature, tous trois membres de la commission des libertés publiques, ont débattu et répondu aux questions du public.

 

Pas de chichis, c’est de la surveillance

Vidéosurveillance ou vidéoprotection version novlangue rassurante ? Nos trois invités étaient sur ce point tous d’accord : des caméras dans la rue ou dans les transports en commun c’est de la vidéosurveillance. « Vidéoproctection, c’est peut-être pour rendre plus acceptable. Toute caméra est une atteinte aux libertés individuelles », estime Claude Touchefeu.

Claude Touchefeu, maire adjointe à Toulouse, au débat Carré d'Info/Médiathèque Cabanis sur la vidéosurveillance - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

Claude Touchefeu, maire adjointe à Toulouse, au débat Carré d’Info à la Médiathèque Cabanis- Photo Carré d’Info, Kevin Figuier

« Vidéosurveillance, le mot est important car pour moi c’est un choix sociétal », affirme Antoine Maurice. « Je respecte l’analyse de la majorité mais ce qui me fait bondir c’est de dire de suite que c’est une atteinte à la liberté. Nous avions mis en place un comité d’éthique et réalisé un sondage qui montrait que 70 % des toulousains étaient favorables à la mise en place de caméras. Ce ne sont pas des atteintes à la liberté », juge de son côté Christian Raynal.

 

La caméra de vidéosurveillance, l’outil ultime ?

Quelle doit être la place de la caméra ? Un préalable aux demandes de sécurité des citoyens, associations ou commerçants ? Un outil parmi d’autres dans la politique de sécurité ? Ou bien alors le dernier recours ? Pour Antoine Maurice, c’est très clair, la caméra est l’outil ultime. « La caméra reste une pseudo-réponse à des attentes légitimes de la population. Mais dans la Charte Européenne elle doit rester le dernier recours. »

Antoine Maurice, conseiller délégué à Toulouse, au débat Carré d'Info/Médiathèque Cabanis sur la vidéosurveillance - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

Antoine Maurice, conseiller délégué à Toulouse, au débat Carré d’Info à la Médiathèque Cabanis  - Photo Carré d’Info, Kevin Figuier

Claude Touchefeu est plus mesurée. Selon elle, la vidéosurveillance n’est qu’un outil mais n’est pas l’ultime recours. Il faut « un diagnostic de sécurité et un plan d’action qui peut passer par un meilleur éclairage, des capacités d’intervention et voir si la caméra est une plus-value dans le dispositif. Mais il faut arrêter de penser que c’est un outil à lui tout seul ».

 

« J’étais par exemple contre les caméras place Saint-Pierre car elles n’allaient servir qu’à filmer des jeunes gens alcoolisés. »

 

Pour Christian Raynal, « la vidéosurveillance n’est qu’un outil certes mais un outil indispensable. J’étais par exemple contre les caméras place Saint-Pierre car elles n’allaient servir qu’à filmer des jeunes gens alcoolisés. Par contre les caméras de la place Wilson permettent un taux d’élucidation important. Et je pense que quand on décide d’installer des caméras sur un territoire il faut le couvrir à 100 % ». Une logique qui fait bondir Antoine Maurice parce qu’elle conduit selon lui à terme à « couvrir tout le territoire de la ville ». « On a déjà pas beaucoup de caméras et elles servent déjà à rien », faisant ainsi référence à deux caméras situées dans le quartier Croix-Baragnon qui devraient être supprimées faute d’utilité certaine.

 

La vidéosurveillance un outil sur la durée ?

Autre aspect discuté lors du débat, celui de l’efficacité dans le temps d’un tel dispositif. Claude Touchefeu a cité l’expérience d’une petite ville allemande qui a installé des caméras de vidéosurveillance dans un endroit identifié dangereux. Une fois les dysfonctionnements disparus, la municipalité a progressivement enlevé les caméras « sans le dire au départ » aux citoyens et les problèmes ne sont pas réapparus. Pris dans un ensemble de mesures, la caméra montrerait donc son efficacité. Mais à court terme dans certains lieux elle reste plus difficile à appréhender.

 

Christian Raynal, conseiller municipal (UMP) d'opposition à Toulouse - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

Christian Raynal, conseiller municipal (UMP) d’opposition à Toulouse – Photo Carré d’Info, Kevin Figuier

Christian Raynal prend notamment l’exemple de la place Arnaud-Bernard. « J’ai personnellement voté contre l’installation de caméras à Arnaud-Bernard parce que je pensais qu’il fallait réhabiliter la place et mener d’autres actions. Je le pense toujours mais aujourd’hui je me dis qu’on a fait une erreur. » Pour Antoine Maurice, installer des caméras sur cette place et les rues adjacentes où un trafic de drogues et de cigarettes perdurent serait totalement contre-productif. « C’est l’effet plumeau. Si on installe des caméras sur la place, ça ne fera que déplacer les trafics. »

 

 

Caméra ou présence humaine ?

Selon l’élu écologiste il faut alors se demander si le coût de la vidéosurveillance dans l’espace public n’est pas trop important rapporté à son efficacité. Pour lui, « aucune étude n’a encore prouvé son efficacité dans l’espace public, contrairement à des espaces clos ». Lorsque Christian Raynal a annoncé le prix de 10.000€ pour une caméra de vidéosurveillance, quelques yeux se sont écarquillés dans l’assistance. Un système trop coûteux ? Oui pour Antoine Maurice qui regrette que les caméras soient utilisées « à la place d’autres moyens notamment humains ». « C’est vrai, il y a eu des diminutions d’effectif » a reconnu l’élu de droite Christian Raynal qui avoue également son adhésion à l’idée de gauche de la police de proximité. « J’aurais aimé pouvoir remettre en place des îlotiers. »

Le débat Carré d'Info/Médiathèque Cabanis a attiré près de 80 personnes - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

Le débat Carré d’Info/Médiathèque Cabanis sur la vidéosurveillance à Toulouse – Photo Carré d’Info, Kevin Figuier

Dans l’assistance, si certains ont dit être rassurés par la présence de caméras, d’autres ont questionné l’utilité d’un tel dispositif, notamment au regard de son prix. « De la prévention et pas de caméras ! », ou alors sur un ton plus ironique « Il faut mettre plus de caméras pour faire baisser le prix ! » Un ancien gendarme au micro a assuré que la vidéosurveillance restait un «outil extraordinaire qui apporte beaucoup d’éléments aux enquêteurs. Dans 80 % de mes enquêtes j’avais des images de vidéosurveillance ». « La caméra est parfois utile pour élucider des affaires mais ça n’a jamais empêché un acte. Il faut travailler sur l’utilité des caméras. Rien n’est plus dissuasif que la présence humaine, on a besoin d’un police nationale. Il faut comparer les coûts », a ainsi réagi Claude Touchefeu.

 

Qui derrière les caméras ?

Certains se sont également inquiétés de l’utilisation des images prises par les caméras de surveillance. Elles sont visionnées par des policiers municipaux qui « peuvent le cas échéant les faire basculer à la police nationale » et gardées quinze jours avant d’être détruites. « Quand nous étions en responsabilité ils étaient 14, s’est rappelé l’élu UMP. Aujourd’hui on m’a dit qu’ils n’étaient que deux ou trois. J’espère que c’est un mauvais chiffre. » Autre sujet d’inquiétude : la portée des caméras quand on sait qu’une caméra installée place Wilson peut grâce au zoom, filmer jusqu’à l’arche Marengo en haut des allées Jean-Jaurès. « Les caméras de Tisséo placées en surface ont un champ limité à trois mètres », a précisé Christian Raynal.

 

Mots-clés : débat du mois, vidéosurveillance

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Claude Touchefeu a cité l’exemple d’une ville allemande ou les caméras ont fait disparaitre les « dysfonctionnements » mais ce n’est pas une innovation. En fait ce principe appelé « panoptique » à été inventé fin 18 ème siècle, c’est un type d’architecture carcérale visant à faire intérioriser la surveillance aux détenus jusqu’à l’autocensure. Un outil né dans une société disciplinaire, qui peut facilement nous ... Lire la suite

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

C'était peu intéressant, dommage quand on sait aujourdhui grâce àlavidéo delabagarreau coursde laquelle le jeune Clément a trouvé hélas la mort que la violence étaitbien partagée.
C'était bien un horrible accident.


On a pu constater la minceur de l'argumentaire de M. Maurice; il s'affirme "terrorisé" par les caméras...C'est bien là leproblème mon chou!
Doit-on épouserles paranoïas de quelques uns? Les doctrinesd'oubli q... Lire la suite

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

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