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Décès de Cindy, figure de la rue toulousaine : « Elle avait tout ce qu’il fallait pour remonter »

Cindy devant le camp de Purpan à Toulouse, en octobre 2011 - Photo Carré d'Info

Sans-abri pendant des années, Cindy est décédée la semaine dernière alors qu’elle venait enfin d’obtenir un logement. Un paradoxe sur lequel reviennent ceux qui la considéraient comme la « Mama des rues toulousaines. »

 

La Mama des rues toulousaines

Sous les arbres du square Charles de Gaulle, ils sont une trentaine à s’être réunis. Certains les larmes aux yeux. Ils ont en commun d’avoir partagé la vie de la rue, ses galères et ses solidarités. Ils sont là en l’honneur de cette dernière, incarnée par « Cindouille », figure tutélaire de la rue toulousaine décédée la semaine dernière d’une crise cardiaque. « Je l’ai connue à Nice quand j’avais 17 ans » se souvient Mickey. Aujourd’hui, il en a 36 et comme les autres, est venu rendre hommage à celle qui « n’hésitait jamais à donner un coup de main : c’était une maman de rue, elle était l’infirmière de tout le monde. Vu qu’elle était aide-soignante à la base, elle s’occupait de nous et nous apportait les premiers secours quand y avait besoin. »

 

« Un terrain où ne pouvait même pas planter les sardines des toiles de tentes« 

Cindy, c’était vingt-cinq années de rue et quelques mois hors de l’anonymat grâce à la médiatisation du groupe de SDF du Pont des Catalans dont elle faisait partie. Bénéficiant du soutien d’associations et de politiques, le groupe avait été pris en charge en 2011 par la mairie pour atterrir non loin de l’hôpital Purpan. Un endroit rude, coincé entre le périphérique et un couloir aérien, où nous l’avions rencontré l’année dernière. A l’époque en attente de solutions de relogement, le groupe a finalement passé de longs mois d’hiver sur « un terrain où on ne pouvait même pas planter les sardines des toiles de tentes » témoigne une camarade de Cindy. Ce n’est qu’au mois de mai que cette dernière se verra attribuer un logement du côté de la Ramée.

 

Isolement géographique et psychologique

Et c’est là que naît le paradoxe comme le souligne Pat, compagnon de route de Cindy pendant des années : « Elle avait tout ce qu’il fallait pour remonter et finalement, ça l’a enfoncé. » Un relogement trop tardif selon ses amis pour qui la mort de Cindy laisse un goût amer. « On ne jette la pierre à personne mais malgré un toit, elle s’est retrouvée isolée, loin de la ville et de ses amis. » Car l’obtention d’un toit, s’il est une condition indispensable ne représente pas l’aboutissement du chemin offrant une sortie au quotidien de la rue. C’est ce que souligne Stella Montebello, de l’association Les Enfants de Don Quichotte : « Ils ne sont pas tous prêts à aller vers le logement tout de suite. »

 

Mais après des années de rue, c’est un suivi quotidien qui est nécessaire pour ne pas se sentir isolée

Trop souvent présenté comme l’aboutissement ultime d’une démarche de réinsertion, l’obtention d’un logement ne suffit pas à soigner des pathologies physiques mais aussi psychologiques : « Cindy voyait un professionnel du monde social toutes les trois semaines. Mais après des années de rue, c’est un suivi quotidien qui est nécessaire pour ne pas se sentir isolée. De plus, ce n’est pas au moment de l’emménagement que ce suivi doit se mettre en place mais bien avant. »

 

« Personne ne venait voir le groupe qui dormait sous le pont des Catalans. »

 

Car pour ces sans-abris, la démarche d’aller vers les soins semble inaccessible depuis longtemps. Coupés de tous réseaux, cette population devient vite invisible : « Personne ne venait voir le groupe qui dormait sous le pont des Catalans. Je ne l’ai découvert que lors d’une manifestation qui passait par là » se souvient la militante. Sous les fenêtres des villes mais finalement loin de tout, l’isolement des sans-abris creuse un gouffre psychologique « hors de notre entendement.» Retrouvée plusieurs jours après son décès à son domicile, l’histoire de Cindy illustre la complexité de la question des sans-abris qui souffrent sans doute autant d’un isolement total que d’un manque de toit.

Mots-clés : sans-abris

2 RÉACTIONS

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cet article est aussi en soutien à 2 jeunes personnes à la rue se trouvant aussi dans une situation de grande précarité sur Toulouse , soutenez les en signant cette pétition afin de pouvoir demander leur relogement immédiat ! merci pour eux Un toit c'est un Droit ainsi que l'accompagnement nécessaire dans son logement ! http://www.petitions24.net/du_canal_saint_martin_au_campement_de_saint_martin_du_touch

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

Cindy , je n'ai croisé ton chemin qu'une heure ou deux dans ma vie mais je peux affirmer que tu faisais partie de ces " belles personnes" qui quelques soient les galères qu'elles subissent ont toujours le soucis de l'autre. Je me souviendrai toujours de ce trop court moment un soir Pont des Catalans au cours duquel tu avais évoqué brièvement le chemin qui t'avait conduit là pour aussitôt te faire la porte parole de tes compagnons d'inf... Lire la suite

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

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