Du pont des Catalans aux alentours de Purpan. Pour une dizaine de sans-abris toulousains, l’année 2011 s’apparente à une longue transition. Déplacés de leur premier emplacement en février dernier par la mairie, ces habitants de la rue sont toujours en attente d’une solution plus durable.
Coincé entre deux ronds-points et surplombant la rocade de Toulouse, le « camp » de Purpan n’est pas facile d’accès. Bordé par une route où les voitures passent sans discontinuer, le terrain sur lequel se dressent quelques constructions en dur, des algecos et quelques tentes, profite également des désagréments d’un couloir aérien de Blagnac qui voit s’envoler des avions toutes les cinq minutes. A l’entrée, Cindy, le visage marqué par vingt-quatre années de rue, accueille les visiteurs. « Nous sommes maintenant huit à vivre ici. Deux ont pu être relogés. Nous n’avons qu’une peur désormais, c’est de passer l’hiver ici ». Des points d’eau, un lieu de vie commun et des tentes : ce précaire état des lieux ne semble en effet pas armé pour passer un hiver rigoureux. Accompagnée par quelques chiens, l’occupante des lieux désigne la route toute proche : « C’est difficile avec tout ce bruit et la dangerosité de la route. Mais ce qui est positif, c’est que tout se passe bien avec le voisinage, il n’y a pas de problèmes ».
Un accompagnement collectif
Cette solution, censée être transitoire, a été actée avec les services de la mairie qui accompagnent le groupe depuis le printemps dernier. Mais le temps est long, et à l’espoir suscité par la prise en charge initiale, la résignation voire la colère se sont substituées. « Nous n’avons pas de rendez-vous prévu avec la mairie prochainement. On nous a bien proposé des hébergements mais on ne pouvait pas garder les chiens. Depuis, on n’a pas de nouvelles. On se paie notre tête».
Les services de la mairie de Toulouse assurent pourtant que l’accompagnement est assuré et s’inscrit dans une démarche déjà employée par deux fois avec succès depuis 2008 : « Le principe de l’accompagnement est de proposer un premier lieu de vie et de voir si le groupe peut le gérer efficacement. C’est la même démarche qui a conduit à la réinsertion des personnes qui campaient devant la gare Matabiau en 2008 ou encore de certains anciens squatters de la rue Anatole France. Concernant Purpan, nous sommes donc encore dans une phase de test ».
Cette manière d’aborder le travail social a été introduite par le « Groupe Amitiés Fraternité », une association composée d’anciens SDF. « On ne peut pas aborder cet accompagnement social de manière individuelle. Ces personnes vivent en groupe depuis très longtemps et il faut donc envisager les solutions de façon collective. Cette démarche s’inspire d’une expérience très convaincante réalisée à Auch », explique Jean-Marc Legagneux, l’un des initiateurs de l’association. « Mais il faut bien avoir en tête que ce n’est qu’une méthodologie et non un modèle reproductible à toutes les situations ».
Les Enfants de Don Quichotte écrivent à la mairie
Et c’est peut-être là qu’achoppe le règlement de la situation. Car selon l’association « Les enfants de Don Quichotte » qui accompagne les sans-abris de Purpan, ces derniers ne souhaitent pas une solution via un projet collectif. « Cela fait de très nombreux mois qu’ils vivent tous ensemble. Aujourd’hui, ce qu’ils souhaitent c’est un chez soi personnel et un accompagnement social pour se réinserer », constate Isabelle Bricaud de l’association. Cette dernière veut tirer la sonnette d’alarme et ne mâche pas ses mots à propos de la gestion de l’affaire par la mairie : «Je veux bien entendre qu’ils veulent tester le groupe. Mais là ça fait dix mois sans aucun problème malgré des conditions très difficiles : ils parviennent à tenir éloignés d’éventuels squatters et tiennent le lieu dans un état décent. Maintenant ça suffit, il faut régler le problème en s’appuyant sur la droit au logement opposable ».
Une lettre a été envoyée dans ce sens à l’élu en charge du dossier, Stéphane Carassou. « La préfecture a émis des avis favorables sur leurs dossiers mais expliquent qu’ils attendent car la mairie a fait des propositions de son côté. Résultat, on approche de l’hiver, ils sont dehors alors qu’une solution aurait pu être trouvée avant la fin de l’été. Le logement doit être un droit, pas se gagner au mérite » continue la militante. Du côté de la mairie de Toulouse, on se défend d’abandonner les SDF de Purpan à leur sort : « Le travail continue, on cherche, on avance. Les choses peuvent évoluer très vite. S’ils sont impatients, c’est quelque part positif car cela illustre leur volonté de réinsertion. Mais c’est un processus long qui de plus, n’est pas à la base une responsabilité municipale mais bien de l’Etat ».
La mobilisation va donc continuer et peut-être s’amplifier dans les prochaines semaines.






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