8 octobre 2011 à Savone, près de Gênes en Italie. Au terme d’un match âpre, Elodie Bermudez décroche le titre de championne du monde de savate boxe française dans la catégorie des moins de 48 kilos devant l’Italienne Elisa Picollo. Quatre mois après cette finale mémorable, la jeune Toulousaine de 24 ans en garde évidemment un souvenir fort. « Je me souviens même que l’entraîneur Andrea Scaramozzino m’a porté en triomphe ! ». Devenue une référence dans sa discipline, Elodie a pourtant commencé sur le tard, à 18 ans.
« Je suis venue à la boxe par un hasard déterminé. » Lorsqu’on lui demande la raison pour laquelle elle a choisi la boxe, Elodie Bermudez s’en sort par une pirouette. « Sincèrement, je ne pourrais pas vous dire pourquoi je me suis lancée dans la boxe française. Certes ma mère en avait pratiqué lorsqu’elle était jeune mais pas à un haut niveau. Ce qui est sûr, c’est que j’avais besoin de m’investir dans un sport de combat afin de me défouler et d’extérioriser le trop plein d’énergie ».
« Je n’avais pas le bagage technique pour être à la hauteur de mes partenaires. J’ai donc enquillé les coups sans pouvoir riposter »
Arrivée à Toulouse en 2005, ce brin de fille d’1,55m, décide de franchir le seuil de la section boxe française du club omnisports du Toulouse Cheminots Sports Marengo (TCMS), situé près de son domicile, dans le quartier des Argoulets. « Je n’avais pas le bagage technique pour être à la hauteur de mes partenaires. J’ai donc enquillé les coups sans pouvoir riposter. Je me souviens être sortie impuissante et frustrée de mon premier entraînement mais avec la ferme intention de persévérer ». La persévérance, l’élément moteur de cette boxeuse au mental d’acier. « La grande force d’Elodie, c’est une détermination sans faille. Au-delà de ses qualités physiques exceptionnelles, que ce soit au niveau de la vitesse ou de l’explosivité, elle arrive à un tel niveau de concentration que lorsqu’elle est sur le ring rien ne peut l’atteindre. » résume Christophe Candeil, l’un de ses deux entraîneurs et co-fondateur de l’Enceinte Savate Toulouse.
Une championne qui joue sur deux tableaux
L’ascension d’Elodie Bermudez est rapide. Deux ans après ses débuts, elle conquiert à 19 ans son premier titre national Elite A dans la catégorie des – de 48 kilos en battant au passage la Dijonnaise Mélanie Bony, alors championne d’Europe de la spécialité. Talent précoce. Trop précoce ? Elle ne peut participer aux championnats du monde du fait de son jeune âge. Demi-finaliste en 2008 puis finaliste en 2009 des championnats de France, Elodie connaît des résultats en dents de scie.
« Je lutte perpétuellement contre l’ennui »
Après avoir passé une année à Hong-Kong dans le cadre de ses études, elle revient dans l’hexagone et s’initie sur les conseils de son autre entraîneur Bruno Sammassimo à la boxe anglaise au sein du Boxing Toulouse Bagatelle. Piquée au jeu, Elodie s’investit en boxe anglaise et malgré sa faible expérience arrive à se hisser jusqu’en demi-finale des championnats de France en 2010. Elle n’en oublie pas pour autant la savate et retrouve la consécration nationale la même année. « Je dois en partie mon titre grâce à la pratique de la boxe anglaise qui m’a encore permis de progresser sur le plan technique. »
Mais en conflit avec la Fédération Française de Savate Boxe Française, elle ne peut participer aux Championnats d’Europe la même année. Une injustice qu’elle tentera de combler si elle obtient un quatrième titre national le 14 avril prochain à Luçon, en Vendée, (après avoir passé les tours de poule dont celui disputé à Toulouse aujourd’hui) condition sine qua non pour valider son ticket pour l’Euro, point d’orgue de cette saison. (la savate boxe française n’est pas reconnue à l’heure actuelle comme discipline olympique)
Les JO 2016 en ligne de mire
Avec plus d’une trentaine de combats en élite à son actif, Elodie Bermudez est l’une des filles les plus expérimentées du circuit. Et il lui est plus difficile de trouver des adversaires à son niveau. C’est l’une des raisons qui la pousse vers la boxe anglaise, sans délaisser la savate. « Je fais deux à trois fois par semaine des séances de boxe anglaise en plus des entraînements habituels de savate. Je lutte perpétuellement contre l’ennui. J’ai besoin que ma vie soit rythmée par de nouveaux défis. Cela ne veut pas dire que je vais forcément arrêter la boxe française mais tout serait à conquérir en boxe anglaise. Ca me galvanise ! »
Ambitieuse, Elodie rêve secrètement de concourir aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. « Si je veux briller dans ce sport, je dois me nourrir de rêves inaccessibles… les JO font partie de ces rêves. » Lucide, elle sait que la boxe professionnelle demande encore plus de sacrifices et comporte plus de risques. Elle qui porte de multiples stigmates du fait d’un engagement parfois excessif sur le ring, sait qu’elle devra canaliser son énergie pour parvenir durablement au sommet de l’art pugilistique.






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