Carré d'info

Site d'information et d'actualité à Toulouse

Etude : « Nous demandons aux gens de nous dire comment ils voteraient s’ils devaient élire leur président comme au Mexique ou comme en Irlande »

Karine Van Der Straeten est professeur à la Toulouse School of Economics / Photo Carré d'Info

Un site web pour voter aux élections présidentielles françaises en utilisant le mode de scrutin irlandais ou mexicain. Voilà l’idée développée par Karine Van Der Straeten, de la Toulouse School of Economics (TSE), dans le cadre d’un programme de recherche en partenariat avec l’Ecole Polytechnique et l’université de Montréal. Ce programme étudie 25 échéances électorales dans 5 pays pendant 7 ans. L’objectif est comprendre comment le mode de scrutin influence le choix des électeurs et la stratégie électorale des partis politiques. Rencontre avec son instigatrice.

 

Il s’agit d’un projet à très grande échelle. Comment va-t-il se dérouler ?

Nous sommes une vingtaine de chercheurs, économistes, psychologues, politologues… divisés en équipes nationales. Nous avons choisi cinq pays démocratiques dont les niveaux de vie sont assez similaires mais avec des institutions électorales très hétérogènes: la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse et le Canada. Nous suivons les différentes élections dans chaque pays afin de décrypter les stratégies des partis, nous réalisons aussi des enquêtes électorales auprès des électeurs et enfin nous menons des expériences en laboratoire.

 

Derrière ces travaux il y a aussi un objectif pédagogique ?

Tout à fait. Nous sommes en grand partie financés par le Canadian Research Council et il souhaite que nos travaux soient accessibles au grand public. C’est aussi l’objectif de notre site web, expliquer aux électeurs que d’autres modes de scrutins existent ailleurs et leur montrer quel impact cela a sur leurs choix. Par exemple en Irlande, l’électeur fait une liste allant du candidat qu’il préfère à celui qu’il souhaite le moins. Au Mexique, il n’y a qu’un seul tour à la présidentielle. Cela change beaucoup de choses. Nous demandons aux gens de nous dire comment ils voteraient s’ils devaient élire leur président comme au Mexique ou comme en Irlande.

« En 2002, nos travaux ont montré que le vote par approbation favorisait les candidats centristes au détriment des extrêmes. Jacques Chirac aurait été élu mais Lionel Jospin serait passé devant Jean-Marie Le Pen »

 

Sur le site web du projet vous proposez aussi aux électeurs de voter par approbation, en quoi cela consiste ?

L’électeur répond par oui ou par non à chaque candidat, il peut ainsi en approuver autant qu’il le souhaite : un, deux, trois ou tous. Le candidat élu est celui qui reçoit le plus d’approbations. Aujourd’hui, aucun pays n’utilise cette méthode électorale à grande échelle, seules quelques sociétés savantes y ont recours. Lors des élections présidentielles françaises de 2002, nous avions mené une expérience à la sortie de six bureaux de vote de la ville d’Orsay. Nous avons demandé aux gens de voter par approbation dans des bureaux de vote fictifs. Nous avons ensuite comparé les scores des candidats avec les résultats réels.

Avec le vote par approbation, Jacques Chirac aurait été élu mais Lionel Jospin serait passé devant Jean-Marie Le Pen. Nos travaux ont montré que ce mode de scrutin favorisait les candidats centristes au détriment des extrêmes. Cette expérimentation était une première, nous avons ensuite réitéré l’expérience au Bénin au printemps 2011.

 

Comment allez-vous suivre la campagne électorale française ?

En particulier par notre site web. Les résultats du vote des électeurs selon les différents types de scrutins vont être intéressants à étudier en comparaison des résultats réels.

 

Vous êtes avant tout économiste et notamment chargée de recherche au CNRS. En quoi l’économie intervient-elle dans ces recherches tournées vers le politique ?

Dans ces travaux interdisciplinaires, l’économie apporte essentiellement ses méthodes, en particulier la modélisation mathématique et le recours à l’expérimentation. Dans chaque pays, les électeurs et les partis ne sont pas seulement conditionnés par le mode de scrutin, mais aussi par l’histoire, la culture… Il est donc difficile de déterminer l’impact causal du système électoral au milieu de toutes ces influences. C’est là que les outils de modélisation mathématique entrent en jeu.

Dans notre laboratoire à la TSE, nous menons par ailleurs des expériences avec de vraies personnes, afin de tester et d’améliorer des modèles théoriques. Par le biais de simulations nous pouvons étudier des phénomènes comme l’abstention ou le vote utile. Pourquoi l’abstention est-elle moins importante dans le système proportionnel que dans un système majoritaire ? Pourquoi le système majoritaire à un tour favorise-t-il le vote utile ? Nous pouvons aussi, grâce à ces outils, décortiquer le raisonnement des électeurs dans un système majoritaire à deux tours comme le nôtre et voir comment les gens votent: par conviction, par stratégie…

 

> Pour participer à ce vote il suffit de se connecter sur le site http://voteaupluriel.org/  à partir du 1er avril

 

1 RÉACTION

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Exprimez-vous !

* Champs à renseigner obligatoirement

Blogs

Derniers Posts
Liste des Blogs