Carré d'info

Site d'information et d'actualité à Toulouse

« Gibraltar », naissance d’une revue pour « une lecture plaisir » sur la Méditerranée

Reportage photo d'Olivier Jobard qui a suivi le parcours d'un jeune camerounais dans sa quête d'Europe / Photo DR

Entre livre et revue, entre Afrique et Europe, Gibraltar vient de voir le jour. Il y a un peu plus d’un an nous vous parlions déjà du projet qui a connu un léger retard. Le premier numéro de la revue basée à Toulouse et qui se veut « une passerelle entre deux mondes » vient enfin de sortir. Le titre, semestriel, vient s’ajouter à la liste des « mook » (contraction de magazine et book), ces revues soignées de reportages au long cours et vendues seulement en librairie dont la revue XXI a ouvert la voie. Tournée vers la thématique de la Méditerranée, son créateur, le journaliste toulousain Santiago Mendieta, nous explique ce qui en fait le sel.

 

Il y a un peu plus d’un an vous nous disiez espérer sortir le premier numéro au mois de mai. C’est finalement en décembre qu’il est publié. Le projet n’a pas changé ?

Il y a un an on avait fait une souscription à partir d’un « numéro 0″ via le site internet. On a réuni des fonds mais pas suffisamment. Là, on s’est dit on va y aller, on va le faire, on fait l’investissement et on verra bien ! On continue sur notre idée de « magazine-livre » sur le bassin méditerranéen mais aussi au-delà. On ne s’interdit rien. Mais on restera centré sur la Méditerranée, l’Afrique du Nord, l’Afrique Noire et le Proche-Orient. C’est déjà assez vaste et il y a beaucoup de choses à raconter.

 

La revue propose des reportages au long cours, récits en bande-dessinée, illustrations de dessinateurs mais aussi beaucoup de fictions. C’est un choix ?

C’est voulu. On est un « OINI », un Objet Imprimé Non Identifié. C’est une façon de se singulariser. Nos reportages se situent dans la réalité de choses un peu crues socialement. Ces fictions apportent une respiration.

 

Sommaire du premier numéro de Gibraltar / Photo DR

.

 

Pourquoi avoir consacré votre premier dossier aux migrants ?

En s’appelant Gibraltar il nous a semblé bien dans le premier numéro de parler de cette idée d’ouverture/fermeture. Le détroit de Gibraltar est actuellement un obstacle infranchissable pour les migrants qui essayent de venir dans l’Eldorado européen. C’est aussi dans le but de lancer des passerelles et de continuer s’intéresser aux pays du Sud même si nos pays européens connaissent actuellement des crises.

 

Que trouve-t-on dans ce dossier ?

Il y a un récit photo très fort d’Olivier Jobard qui s’appelle « Kingsley, le rêve européen », l’odyssée dramatique d’un clandestin camerounais qui tente de gagner l’Europe et avec qui il a fait notamment une traversée périlleuse du Sahara. On trouve un sujet sur l’enclave de Mellila à travers le portrait de Saïdou, un clandestin bloqué là et qui n’arrive pas à passer. Et le dossier est complété par la fiction de Laurent Gaudé et un récit en bande-dessinée de Cyril Pedrosa qui s’appelle « Vivre sans papiers ».

 

Une fiction de Laurent Gaudé dans le dossier consacré aux migrants / Photo DR

.

 

Vous signez un reportage sur Marinaleda, une petite ville andalouse qui expérimente une gestion très particulière…

J’ai passé une semaine dans ce village autoproclamé anticapitaliste. Il mène une expérience autogestionnaire qui a conduit notamment à des occupations de terres notamment ceux d’un comte, ami du Roi, qui a fini par être exproprié. Le village de 2.500 habitants possède un collège malgré sa petite taille. Une autre expérience assez incroyable est menée : celle les maisons auto-construites. Les gens se sont construits leurs maisons sur des terrains donnés par la mairie, avec des matériaux fournis par le gouvernement andalou. Les habitants peuvent habiter ces logements et les transmettre à leurs enfants pour 15 euros par mois mais ne peuvent pas les vendre. Il y a cette volonté de non-spéculation. Mais le village et le maire ont aussi leurs détracteurs et je les fais parler.

 

Comment construit-on un numéro de Gibraltar ?

Il n’y a rien d’écrit. Pour qu’un sujet soit publié il faut que ce soit pertinent mais cela dépend aussi de la qualité d’écriture. Ce peut être des histoires du quotidien et pas nécessairement liées à l’actualité dont on est un peu déconnecté. Après, il faut qu’il y ait un fond, social, environnemental ou culturel. C’est la qualité des histoires qui fait la différence. On apporte une lecture plaisir avec un bel objet vers lequel on revient, qu’on picore, qu’on lit en essayant d’oublier tout ce déferlement d’images et d’informations.

 

Il y a de nombreuses revues sur cette niche des « mook ». Pensez-vous qu’il y a toujours de la place dans ce secteur ?

XXI a ouvert la voie, d’autres s’y sont engouffrés et certains se sont un peu cassé la figure. En ce qui nous concerne, rendez-vous dans un an ! On a une petite économie mais on a fait un très bel objet avec un papier de qualité, ça crée un lien affectif. Mais on sait qu’on est forcément un peu sélect. Et puis on s’attache à une thématique particulière : la Méditerranée. La revue est très ambitieuse aussi graphiquement grâce au formidable travail du directeur artistique Guy de Guglielmi. On a créé un objet un peu improbable.

 

"Le chemin de croix de Saïdou", l'histoire d'un jeune clandestin bloqué à Mellila / Photo DR

.

 

A combien a été tiré le premier numéro ?

5000 exemplaires, on est sur un gros tirage. On s’est rendu compte qu’à 3500 exemplaires on ne serait jamais bénéficiaires. C’est un gros effort. En un mois un millier d’exemplaires sont partis. Il y a un gros phénomène de bouche à oreille et surtout les retours des lecteurs, des libraires et même des journalistes sont excellents.

 

Quelle est l’économie de Gibraltar ?

25.000 euros c’est le coût d’un numéro. L’équipe permanente est bénévole pour le moment. On a pas les moyens d’une revue comme XXI ou de payer 200 euros le feuillet. On fait le pari que pour les numéro 2, 3 et les suivants le retour sur investissement sera plus important.

 

Couverture du premier numéro de "Gibraltar" / Photo DR

.

 

La revue ne se trouve qu’en librairie. On peut la trouver dans tout le grand sud ?

Pour le moment on est présents sur la plupart des librairies toulousaines et certaines dans des villes de périphérie. On aura un réseau plus professionnel à la rentrée qui couvrira toute une zone au sud d’une ligne Bordeaux-Montpellier. Ensuite il faudra trouver un distributeur en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. D’ici là on fait tout ce qu’on peut pour être connu par nous-mêmes mais on veut que les libraires soient aussi des ambassadeurs.

 

Est-ce qu’un jour on peut imaginer trouver Gibraltar de l’autre côté de la Méditerranée pour un public francophone ?

J’aimerais bien. Peut-être qu’au bout de quelques numéros on aura la chance d’être invité dans des centres culturels français, pour créer des passerelles.

 

————————————

Infos pratiques

  • Gibraltar, revue semestrielle, en vente en librairie, 17 euros.
  • Pour trouver les points de vente, acheter un numéro ou s’abonner : le site de la revue.
  • Rencontre-signature samedi 19 janvier à 17 h, à la librairie Ombres Blanches avec l’écrivain Benoît Severac, Guy de Guglielmi, Santiago Mendieta, le photographe Arno Brignon, et Philippe Rouffiac, aquarelliste.
Mots-clés : gibraltar

1 RÉACTION

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Exprimez-vous !

* Champs à renseigner obligatoirement

Dònas e Sénhers, "Gebraltar" se vòl una revista de la Miègterrana, mas ignòra completament Occitània. Los promotors de Gibraltar deurián aprene la geografia fisica e umana. Quand parlan de "Grand Sud", se tracha del Grand Sud de qué? Perqué pas dire de Gasconha e de Lengadòc quand òm vòl nomenar los paises en dejós d'una linha Bordèu-Montpelhièr? E de la lenga occitana? Qué ne serà de la lenga occitana dins "Gibraltar"? Bona annada.

RépondreWrong usage of print_flagging_link(). Signaler un abus

Blogs

Derniers Posts
Liste des Blogs