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Jon Anza, militant de l’ETA mort et condamné aux oubliettes

Affiche de Jon Anza, lors de sa disparition - Photo CC by Magne

Jon Anza, militant basque de l’ETA est resté dix mois à la morgue de Purpan avant d’être identifié. Les conditions mystérieuses de sa mort en 2009 à Toulouse ont fait l’objet d’une enquête dont le parquet a demandé un classement sans suite. Au grand dam de la famille du militant qui reste dans l’incompréhension.

 

Disparition inquiétante

Le 29 avril 2009 à minuit, à l’angle du boulevard de Strasbourg et des allées Roosevelt, le SAMU 31 prend en charge un homme gisant et inconscient dans une jardinière. Admis sous X, le patient décède à l’hôpital quelques jours plus tard. Il faudra dix mois pour identifier le corps qui se révèle être celui de Jon Anza, militant basque de l’ETA, aperçu vivant pour la dernière fois en gare de Bayonne le 18 avril 2009.

« Rompant avec ses habitudes, c’est l’ETA elle-même qui avait, dans un communiqué, révélé le but du voyage de Jon Anza à Toulouse. »

 

Une enquête avait pourtant été ouverte pour disparition inquiétante dix jours après le départ de l’etarra, à la demande de la famille. Ce voyage devait en effet être un simple aller-retour à Toulouse : Jon Anza devait rejoindre sa femme deux jours plus tard et se présenter à un rendez-vous médical à Bordeaux le 24. Souffrant d’un cancer, le militant basque « devait en effet entamer une procédure de soins », explique Julien Brel, l’un des conseils de la famille.

Rompant avec ses habitudes, c’est l’ETA elle-même qui avait, dans un communiqué, révélé le but du voyage de Jon Anza à Toulouse ; l’identifiant par la même occasion comme membre actif. L’homme devait ainsi convoyer une forte somme d’argent à des membres du réseau.

 

Dix mois à la morgue à Toulouse

Sous la houlette du parquet de Bayonne, les recherches se sont pourtant avérées infructueuses jusqu’à ce qu’un brigadier toulousain identifie le corps gisant depuis dix mois à la morgue. Inacceptable pour les familles dont les interrogations demeurent : comment un homme décédé peut-il rester presque une année non-identifié alors qu’il fait l’objet d’un avis de recherche ?

 

L'avis de recherche du militant basque d'ETA Jon Anza / Photo CC

L’avis de recherche du militant basque d’ETA Jon Anza / Photo CC via Flickr by  Alx

 

Interrogé sur le sujet au moment de l’identification du corps, le parquet s’était dit déterminé à lever toutes les zones de soupçons et les raisons pour laquelle le lien entre la disparition signalée de Jon Anza et la présence d’un corps inconnu à la morgue n’a pas été établi.

 

Interrogatoire musclé de la police qui tourne mal pour l’ETA; règlement de compte et conséquence de son état de santé pour le parquet.

 

Les zones d’ombre

Et pourtant très vite, zones d’ombres et hypothèses divergentes vont entourer cette affaire et notamment l’emploi du temps des dix jours précédant la prise en charge de Jon Anza par le Samu de Toulouse. Rapidement, l’ETA évoque la thèse d’un interrogatoire de la police espagnole qui aurait mal tourné. Un scénario désavoué par le parquet qui dans ses conclusions dévoilées par l’AFP en février dernier estime que « la mort de Juan Maria Anza Ortunez n’a rien à voir  avec une opération illégale de contre-terrorisme mais en la conséquence de son état de santé. »

Pour le parquet, Jon Anza aurait ainsi été pris en charge pendant dix jours par le réseau toulousain de l’ETA puis aurait tardé à le laisser sur la voie publique « pour ne pas mettre en péril l’existence du réseau ». Une thèse qui en chasse une précédente. L’enquête s’était en effet tout d’abord orientée vers l’hypothèse d’un règlement de compte entre l’organisation indépendantiste basque et Jon Anza qui aurait disparu pour s’approprier l’argent qu’il était chargé de convoyer.

« Le parquet nous sert une fable selon laquelle Jon Anza aurait accompli sa mission. Or, rien dans l’instruction ne peut permettre d’aboutir à cette conclusion », estime au contraire Julien Brel qui souligne : « La famille ne défend aucune hypothèse. Elle pointe simplement les difficultés concernant l’enquête et exige des réponses pour savoir réellement ce qui s’est passé pendant ces dix jours. Car on nous parle d’une incroyable série de dysfonctionnements comme d’une coïncidence. Si toutes les disparitions inquiétantes sont traitées de cette manière, c’est tout à fait inquiétant. »

« L’enquête préliminaire, c’est un peu : ‘je cherche partout où je ne le trouverai pas’. »

 

L’inertie de police

Car les difficultés semblent s’être accumulées au fil de l’enquête. Ainsi, alors que l’etarra est déclaré disparu entre Bayonne et Toulouse, quasiment aucun acte d’enquête n’est diligenté à Toulouse pointent les parties civiles. « Par exemple, aucune réquisition écrite n’a été envoyée aux hôpitaux de Toulouse. Il y a par contre des réquisitions pour tous les hôpitaux entre Bayonne et Saint-Gaudens. Aucun appel à témoin n’a non plus été émis. » Face à cette absence de traces écrites, l’instruction a objecté la saisie du pôle anti-terroriste de Toulouse dont les agents auraient en personne fait le tour des centres hospitaliers.

Mais pour la famille et leurs conseils, l’inertie de la police est incompréhensible, pour ne pas dire suspecte : « Ces simples vérifications ont été faites après la découverte du corps de Mr Anza et ont permis de retrouver son passeport qui était aux objets trouvés de la mairie de Toulouse depuis 2009 ainsi que la trace de son passage dans un hôtel. L’enquête préliminaire, c’est un peu : ‘je cherche partout où je ne le trouverai pas.’ »

 

Graffiti demandant des comptes à la France et l'Espagne / Photo CCGraffiti demandant des comptes à la France et l’Espagne / Photo CC via Flickr by Mordac

 

Me Brel indique d’autre part que le CHU n’a cessé d’alerter les services judiciaires et de la police sur la présence d’un corps non-identifié à la morgue. Des demandes émises de mai 2009 à mars 2010 et qui n’ont jamais fait suite. Aucun relevé d’empreintes n’a par exemple été fait durant cette période. Et ce, d’autant plus que Jon Anza est déjà identifié par le pôle anti-terroriste à Paris suite à la découverte de ses empreintes dans une cache de l’ETA. « Nous avons demandé la jonction de ces dossiers mais cela nous a été refusé… »

 

« Les expertises médicales conduisent à conclure à une mort naturelle mais l’état de putréfaction du corps a compromis des analyses poussées. Les médecins le soulignent. »

 

Traces de calmants dans le sang

Refusé également, l’accès au dossier médical du patient admis sous X en avril 2009 qui s’avérait être Jon Anza. « Nous avons appris de façon fortuite que Mr. Anza présentait des traces de calmant dans son sang lors de son admission. Tout cela n’a pas été pris en compte et le dossier n’explique pas comment des benzodiazépines aient pu s’y trouver alors que ce produit n’apparaissait sur aucune prescription médicale liée à la maladie de Jon Anza», continue maître Brel.

L’autopsie pratiquée suite à l’identification du corps dix mois après son dépôt à la morgue n’a pas permis de retrouver ces traces de produit et conclut pour le parquet à une mort naturelle conséquente à une embolie pulmonaire. « Forcément », admet Me Brel qui tient à nuancer : « les expertises médicales conduisent à conclure à une mort naturelle mais l’état de putréfaction du corps a compromis des analyses poussées. Les médecins le soulignent ».

 

« Dans quelle instruction une victime est-elle reçue 27 mois après ? »

 

« Un véritable mépris »

Ce faisceau de dysfonctionnements conduit aujourd’hui la famille de Jon Anza à réagir. L’instruction est en effet close depuis octobre 2012 et les avocats des proches du militant disparu craignent le classement du dossier prochainement. D’autant plus que les réquisitions du parquet ont déjà largement fuité dans la presse espagnole et française et demandent ce classement.

« Ce n’est pas une victime comme les autres », réagit Me Brel. « Dès qu’on parle d’anti-terrorisme, on parle d’un droit spécial. La famille a été reçue par la juge d’instruction deux ans et trois mois après s’être constituée partie civile. Dans quelle instruction une victime est-elle reçue 27 mois après ? Cela démontre un véritable mépris. »

La décision sur les suites à donner à ce dossier est attendue dans les prochains jours et devrait conduire selon toute vraisemblance au classement sans suite. Insupportable pour la famille qui continue de s’interroger sur les raisons de la disparition de Jon Anza et son emploi du temps pendant ces dix jours où il s’est évaporé.

 

Photo de couverture : CC via Flickr by ~ Magne

 

 

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