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La dernière page du livre «Castéla»

Façade librairie Castéla - Photo Carré d'Info - Kevin Figuier

La librairie Castéla a mis le vendredi 17 février 2012, la clé sous la porte après 95 ans d’existence. A quelques heures de la fermeture, de nombreux clients ont fait le déplacement et les derniers salariés présents ont refusé de témoigner. Récit des derniers instants.

Traits tirés et regard vides

Des lettres dorées à l’extérieur, des étalages quasi-vides avec des ouvrages bradés de 30 à 50% à l’intérieur, sur les quatre niveaux des 1 800 m² de la librairie seul le rez-de-chaussée est accessible. Des vint-cinq salariés, seulement deux sont présents et n’ont «pas de commentaire» à faire sur cette fermeture. L’air grave et visiblement agacé par les journalistes, l’un d’eux déambule dans les rayons, réajuste la position des livres et sourit tant bien que mal face aux clients. A la caisse, les traits du visage sont tirés, le corps emmitouflé dans une veste polaire, le regard scrute le vide.

«J’espère qu’il y aura un autre lieu culturel, qui fera autre chose que vendre du business »

Là, une femme rencontre l’hôtesse de caisse, échange quelques mots et quitte la boutique après une longue accolade. Lorsqu’on interroge les clients, tous sont conscients de la fermeture imminente. Pour Juliette*, professeur de lettres à la retraite, ce qui faisait la particularité de ce qu’elle considère «une maison» était «la collaboration enseignants-libraires», ainsi que les «gestes commerciaux aux élèves en difficultés» qui «en offrant gracieusement 1 ou 2 livres» à l’occasion des grandes commandes.

 

Un endroit qui « sentait bon le livre »

Il y a également des jeunes qui s’aventurent une dernière fois dans les maigres rayons, évoquant, comme Benoît 22 ans, ce lieu comme un «ilot de culture au milieu de cet univers commercial mercantile.» «J’espère qu’il y aura un autre lieu culturel, qui fera autre chose que vendre du business » complète Olivier, 21 ans. Pour un bon nombre de clients, la librairie évoque des souvenirs : «depuis le lycée, cela avait une valeur sentimentale», ajoute ce monsieur d’un âge avancé. Tout près sa femme s’interroge : «peut-être que c’est l’évolution des mœurs ? » Plus loin, Colette avec son chapeau fausse fourrure et lunettes de soleil à la dernière mode se rappelle des visites du chanteur Claude Nougaro et se remémore également que cet endroit «sentait bon le livre», contrairement aux grandes enseignes françaises qu’elle compare à «des supermarchés ou centre commerciaux».

Certains clients croient savoir que si les salariés ne répondent pas aux journalistes «c’est sans doute à cause des pressions de la part de la direction» ou bien tout simplement «qu’ils ont trop de choses sur le cœur pour pouvoir parler de cette librairie qui a fait partie de leur vie». Véritable institution sur la place du Capitole c’est «un patrimoine littéraire qui part» se désole Anyssa, 50 ans, qui est «venue par engagement» et a acheté son dernier livre qui parle de «pratiques sociales et de ses représentations».

Il est 19h30, heure de fermeture, c’était la dernière page de ce livre sans épilogue au titre «Castéla».

(*): prénom modifié à la demande de l’intéressée.

Mots-clés : Castéla

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On ferme une librairie, pour très probablement un "shop" de téléphonie mobile... Probablement disais-je.

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