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Législatives : François Simon et Jean-Luc Moudenc à la chasse aux voix de gauche

François Simon et Jean-Luc Moudenc s'affrontent sur la 3e circonscription / Illustration Carré d'Info

La troisième circonscription de la Haute-Garonne est le seul point d’interrogation du second tour des élections législatives de dimanche. François Simon (PS-EELV) affronte Jean-Luc Moudenc (UMP) dans un duel dont les conséquences pour beaucoup dépasseront ce scrutin. Nous avons suivis les candidats sur le terrain durant la semaine où les deux tentent finalement d’apparaître comme le candidat de gauche pour récupérer les voix du dissident socialiste Alain Fillola.

 

 

François Simon : être le candidat de toute la gauche

Quatre cents voix. C’est l’écart qui a permis à François Simon de se qualifier au second tour des législatives face au dissident Alain Fillola. C’est peu, et les observateurs de la vie politique toulousaine parient sur le même mouchoir de poche dimanche prochain face au candidat de l’UMP Jean-Luc Moudenc. Sur le marché de Balma, les militants ne s’y trompent pas : « Ça va être ric-rac. L’inconnu c’est le report des voix d’Alain Fillola. » En attendant leur poulain, les distributeurs de tract comptent, additionnent, bureaux par bureaux. Chaque voix compte. « Mais une partie des gens en ont marre des élections », confie une militante écologiste.

En bas de la rue où sont disposés les étals, la tête blanche de François Simon apparaît. Serrages de mains, bises aux enfants et le bout de gras avec les commerçants : « Je suis en retard », explique le candidat de gauche. « J’avais une consultation. » Médecin dans le civil, François Simon dit vouloir garder son activité « même si je suis élu car cela me laissera un lien avec la vie réelle. » Un jour de consultations par semaine et sa démission du conseil régional assure-t-il. Mais avant, la partie s’annonce serrée face à Jean-Luc Moudenc qui arrive lui aussi sur le marché. Échange de cerises.

 

 

Côté commerçants, on ne parle pas trop politique. « C’est mauvais pour les affaires. » Mais entre la daurade et les cerises, les commentaires des clients frisent l’éditorial. Avec comme sujet, le maire de Balma, Alain Fillola: « Il a dû l’avoir dure de se désister ! Il en rêvait comme Ségo, qui va voir le perchoir lui passer sous le nez… »

 

« Je comprends pas, c’est les Verts ou c’est le PS ? »

 

 

Être le candidat de toute la gauche

Car la dissidence a fait des dégâts. La veille, une réunion publique a tenté d’afficher l’unité de la gauche. Mais malgré le soutien des ténors locaux, la confusion règne dans les esprits de certains électeurs de cette troisième circonscription. En témoignent quelques heures plus tard, une session de porte-à-porte organisée cité de l’Hers pour le candidat par les MJS. « Ah bon ?! C’est pas fini les élections ? », s’étonne un passant. Le choix du quartier ne doit rien au hasard : « C’est un bureau acquis à la gauche mais qui s’est peu mobilisé dimanche dernier. » Opération ratissage : cinq étages par immeuble, deux portes par palier, pour un petit tiers d’ouverture. « J’ai perdu sept kilos depuis le début de la campagne ! » constate François Simon.

 

François Simon sur le marché de Balma - Photo Carré d'info

 

L’accueil est bon, le candidat connu mais pas toujours le contexte : « Je comprends pas, c’est les Verts ou c’est le PS ? », interroge une riveraine. « Tout le monde est derrière moi », continue d’expliquer le candidat de gauche. Une autre demande d’où vient  Jean-Luc Moudenc. « C’est un secrétaire national de l’UMP. » L’argument fait mouche, une voix de plus. Mais un manque de connaissance qui explique en partie le fort taux d’abstention. « Cela fait des lustres que les gens ne se sentent plus concernés mais sur le terrain, il y a une telle envie de parler. Je veux reconstruire du lien politique », analyse le candidat.

 

Et pour que les choses soient claires, rien de tel qu’un soutien national pour afficher la couleur. Manuel Valls et Cécile Duflot ayant fait faux bond mardi, c’est Jean-Pierre Bel qui a assuré la tournée des circonscriptions de Haute-Garonne. Jeudi, le président du Sénat et François Simon visitaient des représentants syndicaux du personnel bancaire à Balma. Ne votant pas pour la plupart sur la circonscription, l’objectif est de se placer dans les pas de la majorité présidentielle, qui organise fin juin la fameuse conférence sociale. Dialogue et écoute pour faire montre de cohérence dans cette gauche si difficilement rassemblée localement, et qui n’a qu’une semaine pour panser ses plaies et profiter ainsi dans les urnes du traditionnel clivage gauche-droite.

 

 Jean-Luc Moudenc : « Fillola aurait été un peu comme moi »

« J’ai le sentiment que ça va se jouer entre Simon et moi comme entre lui et Fillola ». Mercredi, en marge du meeting de soutien à Dominique Faure sur la 10e circonscription avec Jean-Pierre Raffarin, Jean-Luc Moudenc ne dit pas autre chose que son adversaire. Si l’adversaire de Kader Arif a besoin de notoriété, l’ancien maire de Toulouse n’a pas voulu faire de réunion publique durant cette semaine, « ça ne sert à rien ». Malgré cinq débats dans les médias face à son adversaire, il a poursuivi ses déplacements sur le terrain et ses auditions par les conseils municipaux.

 

Mercredi soir, il est ainsi reçu avec Laurence Arribagé à Quint-Fonsegrives devant les élus. En terrain conquis, dans la salle du conseil il travaille son image de centriste rassembleur, persuade qu’il est plus proche d’Alain Fillola que son adversaire de gauche -« s’il avait été élu il aurait été comme moi »-, écorne celle de Pierre Cohen député sortant, assure les élus de son soutien au projet de clinique sur la commune et de retombées de la réserve parlementaire. « Un député tire la manche du ministre pour lui dire : ‘il y a un problème dans ma circo’. Les élus locaux peuvent aller le voir pour lui dire : ‘là tu pourrais nous être utile’ ». Il veut surtout les convaincre qu’il peut gagner.

 

Quand une habitante lui lance qu’il « faut reprendre la ville », il lui répond que « ça commence dimanche »

 

Municipales : y penser beaucoup en parler un peu

Le lendemain matin, il a invité la presse et déroule des propositions locales. Il évoque tout à tour l’autoroute Toulouse-Castres, les bouchons sur la rocade, la ligne TGV Toulouse-Paris… On croirait un programme de candidat aux municipales ou cantonales et essaie d’en persuader les journalistes : « On va pas élire le maire de Toulouse dimanche soir ». Auparavant il avait pourtant avancé que « voter pour [lui] c’est un signe de protestation que Pierre Cohen entendra ».

 

Jean-Luc Moudenc en porte-à-porte dans le quartier du Busca / Photo Carré d'Info

 

L’enjeu municipal ne le quitte pas. En porte-à-porte rue des Pyrénées, dans le quartier du Busca près des allées des Demoiselles, il se présente toujours comme l’ancien maire de Toulouse. Quand une habitante lui lance qu’il « faut reprendre la ville », il lui répond que « ça commence dimanche ». Les grilles sont hautes, les maisons cossues et le vote de droite. Toutefois, Nicolas Sarkozy a été devancé par François Hollande en mai, François Bayrou a réalisé 12% et l’abstention a été élevée dimanche dernier. C’est donc un « bureau potentiel ».

 

« Pour cette fois-ci c’est râpé mais pour les municipales c’est important de voter. On peut vous aider dans les démarches si vous voulez ».

 

Récupérer « un quart » des voix d’Alain Fillola

Le candidat cherche ici à mobiliser son électorat. Le candidat est (re)connu et teste ses arguments. « Tu vois, l’idée de la pluralité politique ça marche », lâche-t-il à Arnaud Murgia, secrétaire général des Jeunes Actifs à l’UMP qui l’accompagne. « Il faut sauver l’honneur au moins », lui confirme une habitante sur le pas de sa porte son chien dans les bras. Dans un immeuble, il laisse sa carte de visite à une potentielle électrice toujours pas inscrite sur les listes électorales. « Pour cette fois-ci c’est râpé mais pour les municipales c’est important de voter. On peut vous aider dans les démarches si vous voulez ».

 

Pendant ce temps, quatre équipes ratissent le terrain à Balma. L’autre enjeu pour Jean-Luc Moudenc est de récupérer une partie des voix d’Alain Fillola qui a fait un carton dans son canton. Un tiers serait bien, il juge « qu’un quart suffira ». D’ailleurs, sur le chemin il reçoit un coup de fil en provenance de la ville du dissident socialiste où certains adversaires joueraient contre leur propre camp. L’après-midi l’attend un nouveau débat face à François Simon sur radio Kolaviv. Le lendemain, le dernier doit les opposer sur TLT. Il le décline. « Il n’y a pas de thème, c’est libre, ça va être le bazar ». Le débat aura finalement lieu. En cas de victoire, le bazar pourrait se retrouver dans le camp d’en face dimanche soir.

 

Xavier Lalu et Bertrand Enjalbal

Mots-clés : cohe, legislatives, moudenc, simon

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Vidéo: Je rêve ou la personne de dos, à la fin de la vidéo, lâche un : " Casse-toi Moudenc ! " ?

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http://carbo.wordpress.com/2012/06/15/10sur10/

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