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« Les sondages sont les oracles des temps modernes »

Illustration sondages - Photo CC

A chaque journée son sondage. Devenues les thermomètres de la vie politique, les enquêtes d’opinions rythment les éditoriaux et orientent les stratégies de communication du personnel politique. Pourtant, des voix universitaires comme celle d’Alain Garrigou  invoquent « une légitime défense contre les sondages » et remettent en cause « leur caractère scientifique. »

 

Critiquer les sondages et être « blacklisté »

Professeur de science politique à Paris, Alain Garrigou était de passage à Toulouse cette semaine. Invité par les Amis du Monde Diplomatique et le LASSP de l’institut d’études politiques de Toulouse, l’universitaire est l’un des principaux animateurs de l’observatoire des sondages. Une spécialité qui s’est imposée peu à peu dans la carrière de l’intéressé : « J’ai mis le doigt dans l’engrenage lorsque j’ai publié au début des années 2000, un article sur le faible taux de rendement des sondages en France. » Invité sur les plateaux audiovisuels, l’universitaire est rapidement « blacklisté. » « Aucun sondeur ne veut plus dialoguer avec moi. Pourquoi ces coups ? Parce que les sondages sont au cœur d’enjeux très importants. »

 «Si on annonce qu’il va faire beau, les gens vont se ruer à la plage. »

Car si Alain Garrigou est désormais le poil à gratter d’instituts comme l’IFOP ou CSA, c’est parce qu’il estime que les sondages ne se contentent pas de décrire la réalité mais bien de l’influencer. « On a longtemps nié que les sondages puissent avoir des effets électoraux. A ces critiques, les sondeurs opposent l’image de la météo : ce n’est pas parce qu’on annonce le temps qu’il va faire, que ce dernier va changer. D’accord mais le comportement des gens par contre en est conditionné : si on annonce qu’il va faire beau, les gens vont se ruer à la plage. »

Au même titre, les sondages influenceraient donc la conduite des gens et contribueraient à établir des croyances et particulièrement sur le comportement politique. « Ces effets ont été étudiés par des chercheurs aux Etats-Unis. Le premier d’entre eux est le fait de faire la course en tête dans les enquêtes. Cela créé une dynamique. » Ainsi les électeurs seraient incités à choisir le camp du gagnant. « Le second est d’être à la traîne pour faire peur afin de mobiliser les énergies en faveur d’un candidat. » Le vote ne serait ainsi plus basé sur une adhésion à un programme ou des idées mais à des stratégies de victoire. On peut ainsi penser à l’exemple du « vote utile ».

 

Les sondages, producteurs de l’opinion ?

Les candidats ne s’y trompent pas et ont complétement intégré le rôle des sondages dans les mouvances de l’opinion. Et les sondeurs « se positionnent en faiseur de roi ». Première conséquence pour Alain Garrigou : la sélection des candidats : « Avec les règles de remboursement des frais de campagne, un candidat qui ne serait pas crédité de 5% d’intention de vote aura du mal à se financer auprès des banques par exemple. » Deuxième conséquence, l’apparition de sondages imposant des thèmes dans l’opinion ou incitant ouvertement à modifier des comportements : « Par des questions biaisées, d’échantillons non-représentatifs ou de fausse interprétations, on fait ce qu’il faut pour que les choses changent. »

« La méthodologie des sondages et notamment les méthodes de redressement sont protégées par le secret industriel »

A l’appui de ses propos, le professeur détaille le dernier sondage du JDD où n’apparaissait pas Marine Le Pen : « C’est à destination des parrains pour les inciter à refuser leur soutien à une candidature FN. Le sondage est même allé plus loin en enlevant tout simplement tous les candidats à droite de Nicolas Sarkozy. Il n’en était pas de même à gauche où l’on pouvait trouver Philippe Poutou. Quant à l’absence des intentions de vote au second tour… C’est une manipulation caricaturale. » (NDLR : Nicolas Dupont-Aignan est présent dans cette enquête d’opinion)

Au vu de ce constat sévère, il serait naturel de penser qu’Alain Garrigou plaide pour une interdiction pure et simple. « Pas du tout mais je suis pour plus de pédagogie. » Et une réforme qu’ont d’ailleurs portée deux sénateurs l’année dernière, visant notamment à publier les marges d’erreurs et à justifier les méthodes de redressements. Problème, ces derniers sont selon Garrigou, « protégés par le secret industriel. » Depuis, la réforme a été vidée de sa substance à l’Assemblée Nationale. Mais ces critiques, loin d’être exhaustives, trouvent un écho parmi quelques politiques. Jean-Luc Melenchon vient ainsi de saisir la cour européenne des droits de l’homme sur la commission des sondages.

 

Nous participons ce vendredi à 16h à l’émission hebdomadaire d’actualité sur Radio Booster (89.1 FM). Nous reviendrons sur le rôle des sondages dans la démocratie et leurs éventuels pouvoir de manipulation. N’hésitez pas à réagir ainsi que nous adresser des questions.

Photo : Certains droits réservés par Ownipics

Mots-clés : communication, sondage

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