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Mathieu Kassovitz : « Transmettre un message, c’est un travail citoyen »

Mathieu Kassovitz - Photo CC

« J’ai un gros problème à humaniser les politiciens« . Phrases-choc et saillies politiques, Mathieu Kassovitz était mardi à Toulouse dans le cadre de la tournée de présentation de son film « l’Ordre et la Morale« , à propos des évènements de 1988 en Nouvelle-Calédonie, qui sort en salles le 16 novembre.

Projeté en avant-première, le film se situe entre les deux tours des élections présidentielles de 1988, qui voient s’affronter Jacques Chirac et François Mitterrand à la suite d’une cohabitation particulièrement difficile. Les Kanaks indépendantistes ont occupé une gendarmerie sur l’île d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, et pris en otage 16 gendarmes. Le commandant du GIGN Philippe Legorjus, superbement incarné par Mathieu Kassovitz (à qui on doit également la co-production, la co-scénarisation et le co-montage du film), se débat entre sa morale personnelle qui lui commande de négocier avec les preneurs d’otage et d’écouter leurs revendications pour éviter un bain de sang, et les logiques étatiques et électorales françaises. En effet, à la veille du deuxième tour des élections présidentielles, la France refuse de perdre la main sur sa colonie et affirme son pouvoir en lançant un assaut sanglant sur les preneurs d’otages.

Le film est magnifiquement orchestré, la caméra est fluide et l’image travaillée. Malgré quelques ratés, les acteurs sont globalement bien dirigés et l’ensemble sonne juste. On décernera une mention spéciale à la bande-son, produit des Tambours du Bronx, qui accentue l’inexorabilité de l’action sans s’imposer.

Mathieu Kassovitz, avec la filmographie que l’on sait et ses conséquences en termes de réflexion politique, notamment avec le film La Haine (1995) a tenu à organiser une projection suivie d’un débat pour les étudiants de l’Institut d’Etudes Politiques, où il s’est notamment exprimé sur les conditions de production du film mais a également gratifié les étudiants de quelques phrases savoureuses sur la politique et les politiciens.

 

Un rebelle décontracté

Très à l’aise dans le débat, il a évoqué les évènements d’Octobre 1961 et remis en question, comme à son habitude, la version officielle des attaques d’Al Quaïda sur Manhattan le 11 septembre 2001. Si les professeurs qui animaient la conférence ont pu sembler désarçonnés par ses interventions et sa façon décontractée de manier le langage, il faut tout de même saluer l’effort qu’a fait le réalisateur pour rester pédagogue et pour ouvrir des thèmes de réflexion chez les étudiants.

On parle effectivement beaucoup de politique avec Mathieu Kassovitz : rebelle, il expose les raisons de son désamour envers le système politique en déclarant : « Je n’ai pas de problème avec les politiciens en eux-mêmes, je pense que ce sont des être humains qui ont de bonnes intentions, mais la machine politique, les systèmes internes des partis, les problème d’ego, imprègnent chaque homme ou femme politique, il faut quand même avoir un sacré courage pour dire j’ai les solutions, votez pour moi. Pour vouloir arriver au pouvoir à ce point-là, il faut avoir un problème mental, sauf si on a une mission de manière absolue. Je respecte énormément les gens qui vont au bout de leur combat ». Il a également évoqué son refus de voter au cours de la conférence de presse, ce qui a pu choquer quelques étudiants confiants dans le système politique représentatif actuel.

On ne peut cependant pas accuser Mathieu Kassovitz de se dédouaner des problèmes de la société. Il déclare avoir fait ce film non en tant qu’artiste, mais en tant que citoyen, pour affirmer la capacité de tous à remettre en question les versions officielles de l’histoire et à transmettre un message. Mission accomplie donc, avec ce beau film qui montre le désarroi d’un homme face à un appareil politique qui ne recule pas devant un bain de sang pour affermir sa position dans l’opinion publique, sans prendre parti et sans jamais tomber dans le pathos.

En salles le 16 novembre.

 

Photo : PaternitéPas d'utilisation commerciale Certains droits réservés par pepi roberta via Flickr

Mots-clés : cinema, conférence, IEP, Mathieu Kassovitz, Nouvelle Calédonie, Ordre et la Morale

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