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Menace de fermeture de Sanofi à Toulouse : « C’est peut-être le pas de trop »

Haka des salariés de Sanofi Toulouse le 12 juillet 2012 / Photo Carré d'Info - Kevin Figuier

Le 5 juillet la direction du groupe pharmaceutique annonçait son possible « désengagement » du site de recherche de Toulouse. Autrement dit sa fermeture. Jeudi 12 juillet les salariés étaient en grève, déterminés mais non sans humour.

 

Le Haka de la recherche en danger

Près de trois cents salariés du site de Toulouse étaient en grève aujourd’hui. Ils ont manifesté en blouse blanche devant les grilles d’entrée de l’entreprise et dit leur colère (rouge et) noire. Pour dire combien « la recherche est en danger » ils ont même réalisé un « Haka », la danse maori popularisée par les rugbymen néo-zélandais.

 

Haka des salariés de Sanofi Toulouse le 12 juillet 2012 / Photo Carré d'Info - Kevin Figuier

Haka des salariés de Sanofi Toulouse le 12 juillet 2012 / Photo Carré d’Info – Kevin Figuier

 

La performance a détendu l’atmosphère mais les salariés étaient naturellement inquiets au moment où se tenait à Chilly-Mazarin (71) un comité central d’entreprise (CCE). Le matin, les délégués syndicaux présents sur le site donnaient des nouvelles de la délégation toulousaine partie en Essonne. « Ils étaient près de deux cents et voulaient être reçus au complet. La direction ne voulait recevoir qu’une délégation d’une vingtaine de personnes. Ils ont refusé. Après quelques échauffourées ils ont tous été reçus ». Applaudissements. Malgré tout, les salariés n’auront guère plus de réponses à leurs questions et revendications.

 

« On a sorti près de deux molécules sur trois de Sanofi. On est dans l’incompréhension totale »

 

Un nouveau Molex ?

A Toulouse, les salariés voudraient comprendre. « Chris Viehbacher (directeur de Sanofi, ndlr) a envoyé un courrier à tous les salariés du pôle recherche où il nous expliquait qu’à Toulouse on était pas bons et qu’on devait réfléchir à un projet pour septembre. C’est du mépris à l’égard des salariés », estimait Denis Murat du syndicat Sud. Dans la semaine, le groupe avait par ailleurs fait savoir qu’il ne jugeait pas le site de Toulouse comme « un écosystème suffisamment porteur ». De quoi faire bondir les salariés du site (pour beaucoup des chercheurs) qui a produit parmi les plus importants médicaments du groupe et notamment le Plavix, un anticoagulant, abondamment prescrit. Le passage dans le domaine public du brevet en Europe puis cette année aux États-Unis a entraîné une baisse du chiffre d’affaires du groupe. Mais « On a sorti près de deux molécules sur trois de Sanofi, des blockbusters (médicaments très rentables, ndlr). On est dans l’incompréhension totale », poursuivait un salarié.

 

Un nouveau Molex ? Les syndicats avancent en tout cas comme explications « logique purement financière » pour augmenter la rémunération des actionnaires et « caricature de la politique industrielle actuelle ». « On présente souvent Viehbacher comme un pharmacien mais on oublie que c’est un financier à la base ». Une salariée depuis dix ans dans l’entreprise ne s’attendait pas à une « annonce aussi violente ». A ses côtés, un collègue ne comprenait pas que « au moment où on nous dit qu’il faut aller vers les technologies de pointe, on nous bazarde, nous Sanofi ».

 

 « Ils croient peut-être qu’on ne fait rien, qu’on est sur un campus, au milieu des arbres ou au Club Med »

 

 

Le modèle américain ?

Les représentants voient dans cette stratégie de leur direction la poursuite « de la transformation de Sanofi d’une entreprise pharmaceutique en entreprise de santé qui se désengage du médicament, donc de la recherche ». « C’est vrai qu’on a peut-être un peu de mal à entendre ce discours-là en interne », estime Denis Murat. « On a étudié des nouvelles solutions thérapeutiques, des nouveaux projets dont certains ont été validés par l’entreprise. Et au moment où elle se dit en manque de produits et de projets, elle se retire de Toulouse en prétextant ainsi préparer l’avenir », se lamentait Pascal Delmas, délégué syndical CFDT à la sortie du CCE.

 

Derrière la stratégie de Sanofi, il y a pour eux la volonté d’imposer « le modèle américain ». « Aux Etats-Unis les entreprises vont pomper dans la recherche issue des universités ou des start-up », analyse Pascal Delmas pour qui recherche fondamentale et appliquée seraient trop déconnectées en France au goût de sa direction. Il ne s’étonne pas d’ailleurs dans cette perspective de noter que le directeur monde de la recherche pour Sanofi, Elias Zerounhi, ait remis un rapport à Nicolas Sarkozy sur la recherche médicale en France et ait encouragé la réforme des universités. « Sanofi veut externaliser la recherche, renchérit le délégué CGT du site. Ils croient peut-être qu’on ne fait rien, qu’on est sur un campus, au milieu des arbres ou au Club Med ».

 

« On peut lui mettre un coup d’arrêt, c’est peut-être le pas de trop ».

 

Une longue lutte

A Toulouse, malgré les vacances qui se profilent, on se prépare à un « long bras de fer ». « Il y a une solidarité des métiers chez nous et la direction aura en face d’elle des gens qu’elle ne peut pas berner », affirme un chercheur du site. Des actions ciblées tous les jeudis sont à l’étude en attendant la rentrée de septembre où la direction devrait préciser ses intentions. Ils ont reçu dans la matinée le soutien de Christophe Borgel (PS), député de Haute-Garonne et de Régis Godec (EELV) pour la mairie de Toulouse. « Dans ce contexte de plans sociaux et après des cas comme Molex de fermetures de site pour des raisons financières, c’est trop gros ce que fait Sanofi, espère Denis Murat. On peut lui mettre un coup d’arrêt, c’est peut-être le pas de trop ».

 

NB : malgré plusieurs tentatives nous n’avons pas réussi à joindre la direction de Sanofi

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