par Stéphane Baumont, professeur à l’Université Toulouse I Capitole et membre du Parti Radical
Tout semble bouger plus vite sur le front des Présidentielles depuis que le Président sortant – déjà appelé « ancien Président de la République aux « Guignols de l’Info » – est devenu candidat. Président et non citoyen-candidat comme Valérie Giscard-d’Estaing avait souhaité l’être. Deux meetings (Annecy et Marseille) ont permis à la machine UMP de se rôder dans les réunions militantes où le candidat s’adresse à cette représentation physique du Peuple de France, comme à Marseille, où les thèmes d’autorité, de vérité et de responsabilité faisaient suite à une forme d’ode à la France que n’aurait reniée ni Maurice Barres, ni l’auteur de « Dieu est-il français ? », Friedrich Sieburg.
L’hyper-président empêche l’envol de l’hyper-candidat ?
Avec le slogan « La France forte », le Président candidat met sa sémantique (a défaut de sa sémiologie) dans les pas de Valérie Giscard-d’Estaing (1981), Jacques Chirac (1988), Raymond Barre (1988), Jean-Marie Le Pen (1988) et Martine Aubry (2011) comme si chacun des présidentiables avaient eu la conviction que ce slogan était le plus porteur et le plus apte à renforcer ou à susciter la conviction de l’électeur. Mais malgré le basculement vers la candidature, la popularité de Nicolas Sarkozy bouge à peine : 67% de mécontents (-1%); 33% de satisfaits. Il faudra attendre la fin de la semaine prochaine pour voir si le différentiel avec François Hollande se réduit ou si l’hyper-président empêche l’envol de l’hyper-candidat !
Le pathétique « aidez-moi, aidez-moi » du meeting de Marseille mettait quel que peu à nu le Président-candidat conscient qu’il s’était engagé dans le pari le plus « fou » de sa vie politique
Une campagne bipolarisée avec un débat qui dérive jusqu’aux extrêmes ?
A ce stade de la campagne, les deux principaux candidats semblent déjà « bipolariser la Présidentielle » en s’en prenant essentiellement l’un à l’autre sans se nommer, mais l’artillerie lourde des critiques et des attaques est déjà là. Comme le souligne Olivier Duhamel, « les médias et les électeurs » bipolarisent la présidentielle, le rêve de François Bayrou et de Marine Le Pen – installés au-dessus de 10% – peine à se réaliser mais leur report au second tour voit déjà Sarkozy tenter de reconquérir les votes Le Pen et Hollande avancer en fils spirituel du Dr Queille (éminent « rad-soc » de la Corrèze des IIIe et IVe Républiques) pour rêver des voix des électeurs du centre-gauche. Le pathétique « aidez-moi, aidez-moi » du meeting de Marseille mettait quel que peu à nu le Président-candidat conscient qu’il s’était engagé dans le pari le plus « fou » de sa vie politique. Parce que – selon Olivier Duhamel « nous sommes dans une présidentielle référendaire pour ou contre Sarkozy. S’il parvient à changer cette dominante du scrutin, il peut l’emporter. Si cela perdure, il a perdu. »
Pour Christophe Barbier, la division, qui s’installe et la dérive vers les extrêmes, pourrait bien changer de nom « comme les déchirements grecs en offrent un avant-goût : elle se baptisera zizanie ; puis elle s’appellera guerre civile ». La récente vague de froid sonne-t-elle comme une juste allégorie de la campagne présidentielle : « à droite comme à gauche, l’ambiance se glace, le ton se durcit, le débat dérive vers les pôles ». Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?
Photo CC via Flickr by UMP Photos






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