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Perpignan-Toulouse : monuments en ruine pour les journées du patrimoine

Chaque semaine Ovale Masqué passe au grill le match du Stade Toulousain / Photo CC

Vous êtes ici entre les mains d’Ovale Masqué, chroniqueur rugby qui n’écrit que sur une planche à découper. Ses détracteurs le traitent de maître ès croc. Quand il tranche, c’est parfois sanguinolent. Mais il sait aussi poser le couteau quand il le faut et même faire rire vos côtelettes.

 

Note introductive : Comme vous l’avez sans doute remarqué, ce compte-rendu est publié avec plusieurs jours de retard. L’ordinateur d’Ovale Masqué, étant tombé en panne, nous avons dû demander à Yannick Jauzion de lui prêter sa machine à écrire Underwood datant de 1891, pour terminer sa chronique. Désolé pour le dérangement. 

 

L’Espagne, ce lointain pays étranger

Après une victoire et un match plutôt plaisant face à Agen, le Stade Toulousain prenait la route pour l’Espagne, ce lointain pays étranger, afin d’affronter Perpignan dans un match de gala au Stade Montjuic de Barcelone. Quand on délocalise un match, on envoie généralement deux messages à l’équipe adverse :

 

  •  On vous admire beaucoup, donc on a organisé une super fiesta pour vous accueillir.
  • Par contre, vu qu’on a fait péter l’argenterie faîtes pas les cons : soyez sages et ne cassez rien.

 

Depuis quelques saisons, le Stade Toulousain se la joue plutôt à la Viking dans ces occasions : on vient, on gagne, on crame ta maison, et on repart avec les pom-pom girls et le bonus offensif. Enfin là, on parle surtout des matchs contre le Stade Français et le Racing au Stade de France, qui est un peu devenu la résidence secondaire des Rouge et Noir.

 

Quant à d’éventuelles combinaisons offensives, elles sont comme le passage de Dan Carter à l’USAP : beaucoup en parlent, mais peu les ont vues de leurs propres yeux

 

Mais Barcelone, c’est pas pareil : c’est vachement loin, déjà. 3 heures de route supplémentaires. Le tout, en plus, pour jouer dans un stade de merde (c’est même pas le Nou Camp) devant environ 2000 personnes. Bref, une rencontre indigne du standing du Stade Toulousain. C’est donc à contre-cœur que les Toulousains ont embarqué dans le bus pour un « périple © » interminable. Heureusement, Jean-Baptiste Elissalde avait distribué des grilles de sudoku à son équipe. Quant à d’éventuelles combinaisons offensives, elles sont comme le passage de Dan Carter à l’USAP : beaucoup en parlent, mais peu les ont vues de leurs propres yeux.

 

La compo « journées du patrimoine »

Périple ou pas, Guy Novès avait pourtant décidé de sortir la grosse équipe, + Jauzion et Clerc, monuments en ruine du rugby français, que les Perpignanais étaient conviés à visiter dans le cadre des journées du patrimoine. On pouvait aussi tiquer sur la présence de Picamoles encore une fois aligné en flanker. Au final, on se retrouvait donc avec trois N°8 sur le terrain : Picamoles, Galan et Fritz. Pendant ce temps, Yannick Nyanga pouvait tranquillement rédiger sa chronique pour l’Equipe depuis le banc, tandis que Sylvain Nicolas songeait lui à trouver un club pour la saison prochaine.

 

Ne cherchez pas, il n'y a pas d'erreur ou d'oublis

La vraie compo du match, aussi vide que le regard de Louis Picamoles.

 

Les gars, j’ai un plan

Tout avait pourtant si bien commencé. On le savait depuis plusieurs semaines : gangrenée par les blessures, la mêlée de l’USAP ressemble actuellement à un meuble IKEA monté avec une notice finlandaise. Le pilier droit est en fait un gaucher, le gaucher est un ailier du Super Rugby et le talonneur est Guilhem Guirado. Bref c’est n’importe quoi.

C’est donc très logiquement que Toulouse obtient une pénalité sur la première mêlée du match, et offre l’occasion à Luke McAlister d’ouvrir le score. A ce moment-là, les Toulousains sont probablement persuadés que tout se passera comme prévu : la mêlée va désosser, Luke enquiller, et on se contentera de défendre tranquillement face à des Catalans qui s’épuiseront à se faire des passes devant un mur.

 

Ce sont carrément 15 Fabien Pelous qui font face à des Perpignanais déchaînés et en mode rugby à 7.

 

Sauf que les Catalans, ces insolents, ont décidé aujourd’hui qu’ils allaient jouer comme les All Blacks. Des All Blacks avec Florian Cazenave, David Marty et Gavin Hume. Comme ça l’idée peut faire marrer, mais sur le terrain, l’incroyable se produit. Les Usapistes imposent un gros rythme d’entrée de jeu, balayent le terrain, enchaînent les passes dans la défense et mettent rapidement le feu dans le camp toulousain. Si sur le papier, la compo toulousaine pouvait déjà paraître massive et peu mobile, sur le terrain, ce sont carrément 15 Fabien Pelous qui font face à des Perpignanais déchaînés et en mode rugby à 7.

 

Humiliations publiques

C’est d’ailleurs un joueur de Seven, Farid Sid, qui va frapper le premier. Dès la 3ème minute, l’ailier catalan déborde l’ex-international en trottinant et inscrit le premier essai de la rencontre après un crochet intérieur sur McAlister. Mais la remontée à Sid ne s’arrêtera pas là : ayant visiblement décidé d’aggraver la vague d’islamophobie qui touche actuellement le pays, il va s’appliquer à humilier publiquement le gendre idéal préféré de France, pendant 35 longues minutes. 35 minutes où Sid le pas paresseux s’amusera à transpercer son vis à vis une demi-douzaine de fois, avant de sortir sur blessure. D’après le médecin de l’USAP, il souffrait juste d’un bon gros hoquet, la faute à un fou rire provoqué par une énième tentative de plaquage manquée par Vincent Clerc.

 

Le Stade Toulousain vient donc d’encaisser une « Ibanez », une tactique qui comme le joueur qui porte son nom, ne fonctionne plus depuis 2007.

 

Toujours une bonne excuse

Mais avant cela, l’USAP poursuit son récital et investit de nouveau les 22 toulousains. Il y a des jours comme ça où tout vous réussit. David Marty tape un coup de pied rasant sur l’aile, que Clerc ne parvient pas à maîtriser. Le ballon ressort et même le besogneux Gavin Hume se transforme en Carlos Spencer le temps d’une transversale téléguidée sur l’aile droite, où Yoann Huget est isolé face à trois Catalans. Mister Sourcils, à la lutte avec Strokosch, est gêné par le soleil et ne parvient pas à capter le ballon. Que ce soit ça ou les flash d’appareils photos, il a toujours une bonne excuse. Guiry profite de la collision aérienne, récupère le ballon et va marquer en raccroc. 15-6.

Et ça continue encore et encore : sur une touche à 5 mètres de la ligne, Guirado plonge dans l’en-but après un une deux avec Taofifenua. Le Stade Toulousain vient donc d’encaisser une « Ibanez », une tactique qui comme le joueur qui porte son nom, ne fonctionne plus depuis 2007. Luke Burgess n’était visiblement pas au courant, mais on ne lui en veut pas, déjà qu’il ne joue presque jamais au rugby, il est peu probable qu’il en regarde aussi à la télé.

Pour le fun, l’USAP marque même un 4ème essai avant la pause, par Strokosch, qui conclut en force un beau mouvement. 27-6 à la mi-temps, Guy Novès songe sérieusement à convoquer le sergent instructeur de Full Metal Jacket pour l’aider à faire son speech dans les vestiaires.

 

L’orgueil bref

La deuxième période repart comme la première. Hook a bien compris que taper des coups de pied directement sur Vincent Clerc était l’assurance de se procurer une occasion d’essai. Gagné. Sous pression, l’ailier toulousain est ceinturé et se fait pénaliser pour ne pas avoir libéré le ballon. Jean Dridéal reste plusieurs secondes au sol pour se faire soigner l’amour propre. Astucieusement, David Marty joue alors vite la pénalité et envoie la balle vers Haughton. L’Anglais contourne les plots qui sont devant lui (Dusautoir et Burgess, donc) et file dans l’en-but. Les Perpignanais eux-même sont hilares dans l’en-but, ils n’avaient pas autant rigolé depuis que le Stade avait envoyé les espoirs à Aimé Giral en 2008. Sauf que cette fois-ci ce sont les seniors sur la pelouse.

 

Le bonus défensif est comme Barcelone pour Guy Novès : bien trop loin.

 

Otarie bourrée

Menés 34 à 6, les champions de France ont donc une brève réaction d’orgueil et décident de faire la seule chose qu’ils savent faire : enfoncer la mêlée adverse. De Pénalité inscrit donc l’essai de l’honneur. Fritz, lui, décide qu’il ne mérite pas d’assister à une telle déroute et se fait expulser après une tentative de décapitation sur un Perpignanais. De son coté, Nyanga joue à la perfection son rôle de martyr et marque un essai rageur pour rappeler à tout le monde qu’il est le meilleur joueur de son équipe depuis 2 mois. Pour le récompenser, Novès le titularisera probablement contre Bayonne. Avant de le remettre sur le banc contre Toulon parce que bon, faut pas déconner non plus.

Clerc continue son one man show comique. D’abord en se faisant rattraper à la course puis pousser en touche par le « piailier » (c’est un concept) tongien Taumalolo. Ensuite en tapant un coup de pied à suivre pour lui-même et en lâchant le ballon dans l’en-but, dans une parfaite imitation d’une otarie bourrée. L’arbitre commence à avoir un peu pitié et refuse le 6ème essai perpignanais à la vidéo. Le bonus défensif est comme Barcelone pour Guy Novès : bien trop loin. L’USAP l’emporte 34 à 20.

 

Les Soldats de l’Empire Galactique :

Frédéric Michalak : Homme du match. Omniprésent sur le terrain, il a transformé tout ce qu’il a touché en or. Vif, inspiré, créatif, il est à l’origine des deux essais de son équipe, dont le premier après une relance de son en-but. Le joyau de la formation toulousaine.

Nicolas Vergallo : Autoritaire, propre, des sorties de balles rapides, des bons choix de jeu… Nicolas Vergallo a dominé son vis à vis australien et confirme qu’il est de loin le moins nul des demi de mêlée du Stade Toulousain.

De Pénalité : Le meilleur Toulousain depuis 5 ans. Dans un match difficile, il a su relever la tête et tirer ses partenaires vers le haut.

Nyanga: Le vrai Dark Destroyer.

Johnston : Rapporte 5 pénalités en martyrisant son pote îlien en mêlée fermée.

Huget, Fritz & Poitrenaud : Au moins ils essayent.

Jauzion : A sans doute raté une grande carrière de figurant sur les films de George Romero. Sorti avant la pause pour ne pas subir le même sort que le malheureux chauffeur du bus de l’USAP, dont nous saluons la mémoire.

Jean-Baptiste Elissalde : C’est le mec qui est payé pour jouer Ovalion ou il a un vrai métier ?

 

Les Espagnols

Vincent Clerc : Peut-être le meilleur Perpignanais du match, dans tous les bon coups. Si on fait le calcul, entre ses plaquages ratés, ses essais vendangés et ses fautes dans le jeu, il a coûté au moins 25 points. On pourrait certes dire « ça arrive », mais ce n’était pas comme si c’était la 5ème fois de suite qu’il ratait son match. Le barbecue du dimanche risque d’être tendu chez les Novès.

Luke Burgess et Jean-Marc Doussain : Être demi de mêlée, ne pas savoir faire une passe et jouer chez le champion de France en titre ? Inexplicablement, cela semble bien possible.

Luke McAlister : Dieu s’était reposé au 7ème jour. Le Messie toulousain, lui, a eu besoin de souffler dès la 5ème journée.

Sinon, on pourrait citer quasiment tous les Catalans : la première ligne qui a su limiter les dégâts tant que possible, Guiry qui était partout sur le terrain, Sid insaisissable en première mi-temps, Hook, Hume, et même David Marty, auteur d’un bon match, il faut aussi le dire quand ça arrive.

S’il faut en sortir un seul du lot, on pourrait citer Romain Taofifenua. Le colosse usapiste avance à chaque charge et passe les bras comme un trois quart centre néo-zélandais. Guy Novès sera sans doute ravi de savoir qu’avec l’éclosion de ce joueur, Milo-Chluski devrait être disponible pour les doublons. Il faut aussi féliciter Marc Delpoux qui a persisté avec son système de jeu malgré 3 défaites en début de championnat. On connaît d’autres équipes qui auraient baissé les bras pour « se retrouver sur les Valeurs », comme le veut l’expression consacrée par le Biarritz Olympique.

 

La meilleure façon de battre les Toulousains, c’est encore de les prendre à leur propre jeu, celui de l’époque où on enregistrait les finales du championnat de France sur VHS.

 

Conclusion

La dernière fois qu’on a vu Toulouse se fait trimbaler sur le terrain de la sorte, c’était en H Cup, contre les Harlequins et Gloucester, deux équipes au style de jeu assez proche de celui de l’USAP. Preuve que la meilleure façon de battre les Toulousains, c’est encore de les prendre à leur propre jeu, enfin celui d’il y a longtemps, à l’époque où on enregistrait les finales du championnat de France sur VHS.

Il faut dire aussi que l’absence totale d’agressivité des Rouge et Noir a bien favorisé les plans des Catalans : si personne ne vient ralentir les ballons dans les rucks, il est logique de se retrouver rapidement débordé. Une performance plutôt inquiétante donc, à quelques semaines du début de la H Cup (ou la mêlée ne pourra pas sauver les Toulousains) et même dans l’optique d’une qualification directe en demi-finale, Clermont et surtout Toulon carburant bien mieux en ce début de saison. Le seul point positif, c’est qu’il vaut mieux qu’une branlée comme ça arrive dès la 5ème journée.

 

Le bonus barcelonais

La capitale catalane n’a jamais beaucoup réussi aux Toulousains. Admirez-ici la magnifique course de Zéba Traoré, le préparateur physique du Stade, aux JO de Barcelone en 1992. Mais ce jour là, il aurait quand même probablement battu le Vincent Clerc de 2012 au sprint (à partir de 5’30 pour gagner du temps).

Mots-clés : ovale masqué

11 RÉACTIONS

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Continuez, cela m'évite de perdre du temps à regarder la télé et c'est beaucoup plus marrant !

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Frédéric Michalak ? Il joue à Toulon maintenant...

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@Mathieu : ce type n'y connaît visiblement rien. En plus Vergallo était avec le squad argentin et n'a même pas joué.

Bravo Mathieu. Vraiment !

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@Mathieu : tant de clairvoyance, bravo, tu es mon nouvel héros (mais tu aurais pu préciser que Clerc, Burgess & Doussain jouent à Toulouse et pas à Perpignan, soyons précis de grâce !).

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Wow! Talk about a posting kncinokg my socks off!

Un grand bravo a Marcel pour le superbe contre level! Aussi beau qu'un cadrage débordement de Farid Sid!

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Bonjour.

Faisant suite à ce passage :
"Yoann Huget est isolé face à trois Catalans. Mister Sourcils, à la lutte avec Strokosch, est gêné par le soleil..."
A aucun moment Huget est géné par le soleil. En effet sur l'action il a le soleil dans le dos. Je le sais car j'étais présent au stade et derrière les poteaux de l'en but toulousain en 1ere mitemps. Et le soleil tapait méchamment dans notre nuque !!!
Donc ne condamnait pas le ... Lire la suite

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Tous ces commentateurs qui relèvent les menus problèmes de changement de nationalité/équipe de joueurs, en oubliant la seule, vraie et authentique monumentale erreur de cette article. IL N'Y A PAS DE TEXTE DANS UNE NOTICE IKEA !

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Le salaire d'Ovale Masqué est tellement indécent cette saison qu'il a arrêté d'aller à Ikea et ne se fournit que chez Roche Bobois. Il est complètement coupé des réalités.

je me demande ce qui me plait le plus l'article, ou les commentaires...

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