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Poignet brisé et tympan perforé, un Toulousain porte plainte contre la police

Des policiers de la Brigade Anti-Criminalité de Toulouse (photo d'illustration) - Photo Carré d'Info, Kevin Figuier

­Lors de la précédente fête de la musique, un jeune homme dit avoir subi de graves violences policières lors d’une interpellation qu’il juge arbitraire. Il se confie tandis qu’une plainte a été déposée au parquet de Toulouse.

 

Interpellé et traîné dans la voiture

Dans le bureau de son avocat Me Julien Brel, Alain* montre ses poignets. Plus de deux mois après les faits qu’il s’apprête à raconter, on distingue nettement des traces rougeâtres évoquant des bracelets de menottes. Plus haut sur le poignet gauche, une cicatrice remonte l’avant-bras sur une dizaine de centimètres. Poignet cassé et tympan perforé, Alain a déposé plainte « pour des faits de violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique et ayant entraîné une incapacité totale de travail de trois jours».

 

« Rien n’indiquait qu’ils étaient de la police. »

 

Il est trois heures du matin dans la nuit du 21 au 22 juin 2013. Devant un établissement de nuit du quartier Arnaud Bernard, Alain explique qu’il tente de calmer une bagarre. Soudain, trois hommes font irruption dans la mêlée ; se saisissent d’Alain et le clouent au sol. « Rien n’indiquait qu’ils étaient de la police, ils ne portaient pas de brassards », se souvient le jeune homme. « On a compris lorsqu’ils se sont mis à trois sur moi pour me passer les menottes. » Ses amis tentent de calmer la situation mais sont frappés par des matraques.

Les policiers décident alors d’embarquer Alain, toujours immobilisé à terre. Afin de le relever, l’un d’entre eux tire sur la chaîne des menottes pour le « traîner » jusqu’à la voiture. « J’ai ressenti une douleur extrême dans le poignet gauche à ce moment là », continue Alain. Son poignet sera brisé en deux endroits. Avant d’entrer dans le véhicule, le jeune homme est projeté la tête la première contre la carrosserie puis embarqué direction le commissariat de l’embouchure du canal.

La liste des blessures est longue : multiples hématomes au visage, une perforation du tympan gauche, une importante contusion de la cheville, une marque de 15 centimètres sur la jambe et des blessures dans le dos …

 

Trois heures de tabassage, trois jours d’hôpital

Durant le trajet, il raconte être giflé et insulté. Toujours menotté à son arrivée, Alain est bousculé une première fois tête en avant contre un mur. Sa tête servira ensuite à ouvrir une porte battante. Jeté au sol, Alain reçoit alors des coups dans les côtes puis est laissé seul une heure, toujours menotté, appelant à l’aide en vain. «Ces coups-là, c’est les plus petites violences que j’ai reçues », témoigne-t-il. Ce n’est finalement qu’à 6 heures du matin, trois heures après son arrestation, que des fonctionnaires en uniforme, « la relève » d’après lui, l’emmènent aux urgences. Alain reste trois jours à l’hôpital où il subit une opération du poignet.

 

« Je n’ai aucun papier justifiant de mon passage au commissariat. »

 

Le lendemain de sa sortie, quatre jours après son passage au commissariat, il se fait examiner par le service de Médecine légale qui constate notamment de multiples hématomes au visage, une perforation du tympan gauche, une importante contusion de la cheville, une marque de 15 centimètres sur la jambe et des blessures dans le dos sur une zone de « 10 cm de diamètre ». Une partie des blessures constatées dans le rapport dont nous avons pu prendre connaissance.

 

Justice et police gardent pour le moment le silence

Cette version de cette nuit du 21 juin est celle présentée par Alain et constitue le corps de la plainte qu’il a déposé au parquet de Toulouse le 15 juillet dernier. Car Alain veut comprendre et surtout dénoncer ces pratiques. « Ils ne m’ont jamais rien dit ou expliqué pourquoi j’étais là. Et je n’ai aucun papier justifiant de mon passage au commissariat. »

Contacté, le parquet confirme le dépôt de plainte mais « ne se prononce pas pour le moment, tant qu’il n’y a pas de résultat d’enquête». Du côté des services de Police, on ne confirme ni les faits ni une éventuelle enquête mais l’on se contente de préciser que dans le cas « d’enquêtes effectuées lorsqu’un policier est mis en cause, c’est le Procureur de la République qui saisit soit le Cabinet d’audit, d’étude et de discipline soit l’IGPN de Bordeaux».

 

« Il faut faire en sorte que les policiers à l’origine de cela ne circulent plus dans les rues de Toulouse.« 

 

Une enquête est donc bel et bien en cours même si Julien Brel, l’avocat d’Alain, regrette de « n’avoir pas reçu de nouvelles ». « Les faits de violences policières deviennent une banalité mais là, c’est un stade tout à fait extrême. Il faut faire en sorte que les policiers à l’origine de cela ne circulent plus dans les rues de Toulouse. Il faut que le parquet fasse diligence afin de ne pas renforcer le sentiment d’impunité de ces policiers qui agissent de surcroît, au vu de la hiérarchie. »

 

« Symptomatique d’un certain comportement policier »

Pour ce qui est de l’avenir d’une telle action, Me Brel souligne: « C’est très difficile de porter plainte contre la police : on s’expose à être accusé de ceci ou cela. Regardez les réactions des syndicats de police à Joué-les-Tours, c’est caricatural. On cherche toujours à enrober des violences dans un cadre légal. Pour rappel, Joan, qui a perdu un oeil à cause d’un flash-ball, a vu ses demandes rejetées en cassation au bout de quatre ans de procédure. »

Lire aussi >> Blessé par un tir de flashball, Joan Celsis mène un combat judiciaire depuis quatre ans

 

L’antenne de la Ligue des droits de l’Homme à Toulouse (LDH) suit également tout cela de près. « C’est une affaire particulièrement grave. Nous allons nous manifester auprès du parquet pour dire que nous portons une attention particulière à ce dossier », indique Remi Cochard, le délégué régional de cette organisation. « Cette affaire est grave car avec les éléments dont nous disposons pour l’instant, on peut qualifier ça de détention arbitraire avec violences. Car il n’y a pas eu de procès-verbal. C’est extrêmement sérieux car cela témoigne également d’un dysfonctionnement des services de Police. « 

 

« Ces affaires particulières sont symptomatiques d’un certain comportement policier« 

 

L’association est familiarisée avec ce type d’affaire qu’elle dit traiter à chaque fois avec « beaucoup de circonspection » : « Nous avons créé un Observatoire-Citoyen-Justice-Police qui a vocation à recueillir ce type de signalement à Toulouse. Ces affaires particulières sont symptomatiques d’un certain comportement policier, pas de la police dans son ensemble. » Comme Me Brel, la LDH indique qu’en cas de classement de l’affaire, « nous serons attentifs sur les suites à y donner« .

_________________________

(*) Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.

Mots-clés : police, violences

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Oh mon Dieu ! Pauvre Alain...

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