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Printemps de septembre : Créer, au risque de bouleverser l’histoire

Today's Life and War, série photographique (2008) Courtoisie de l’artiste et de la Galerie White Project Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

« L’histoire est à moi ! » Et à moi. Et aussi à moi. Chacun tire la couverture de son côté et s’approprie voire interprète l’histoire et le monde à sa sauce. Les artistes les premiers, et ils sont bien légitimes. Panorama.

 

Le problème, c’est que l’histoire est tellement à tout le monde qu’on en arrive à des situations limite comme lorsque l’un des artistes du Printemps de septembre se voit contraint de suspendre la projection de son œuvre qui a choqué certains. L’histoire, qu’elle soit politique, religieuse, ou autre, est un formidable terrain de jeu pour les artistes, on le voit cette saison avec cette nouvelle édition du festival d’art contemporain, mais la tâche est périlleuse. Un peu partout dans Toulouse, on rencontre des artistes qui ont pris de vrais risques pour s’attaquer à une chose aussi sacrée que l’Histoire -un aspect qui, d’ailleurs, aurait mérité d’être abordé de façon explicite dans ce festival.

 

Performance : avion de chasse et char d’assaut

Il en résulte des œuvres parfois très personnelles, comme celles d’Elena Kovylina, présentées à la Fondation Espace Ecureuil, qui s’en va arpenter la campagne russe enneigée et échappe aux tirs d’un avion qui manque de la faucher, exactement comme l’a vécu son grand-père en temps de guerre. Incroyable prise de risque pour la performeuse dans ce film intitulé « The fist », en référence au poing levé qu’elle adresse à l’avion qui l’a manqué, son grand-père et elle.

The Fist, performance et vidéo (2012) Coproduction Maison européenne de la Photographie, Paris Courtoisie de la galerie Analix Forever, Genève  Crédit photo : Elena Kovylina

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Au rez-de-chaussée de la Fondation Ecureuil, les photographies de l’irakienne Gohar Dashti donnent à voir un couple de jeunes mariés qui dîne tranquillement semblant faire complètement abstraction du char qui pointe son canon dans leur direction. Elle étend le linge de la famille sur les fils barbelés. La vie continue. Ils lisent, regardent la télé, vaquent à leurs occupations quotidiennes, dans un décor à la fois réel et irréel. L’artiste pousse à son maximum l’effet de mise en scène. C’est très esthétique, la composition est soignée, c’est presque beau.

Today's Life and War, série photographique (2008) Courtoisie de l’artiste et de la Galerie White Project Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

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Se questionner sur son propre regard

En entrant aux Abattoirs, c’est une autre réalité qui attend le spectateur, et qui s’impose à lui avec brutalité cette fois-ci. Christoph Draeger et son installation « Black September » propose de traverser la chambre reconstituée de l’un des sportifs israéliens tués au cours de la prise d’otage des jeux olympiques de Munich en 1972. C’est très dérangeant. Sensation que le drame vient de se produire il y a quelques heures, et on ne peut s’empêcher de s’attarder sur les tâches de sang qui souillent le lit. L’une de ces œuvres qui font se questionner le spectateur sur son propre regard.

Black September, installation vidéo (2002) Crédit photo : Nicolas Brasseur, Le Printemps de Septembre 2012

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L’histoire, non, ce n’est pas toujours très fun. Le thème de la mémoire, individuelle et collective, est constamment sous-jacente, et bien souvent, c’est celle, traumatisée ou obsédée, de conflits, massacres, guerres. Mais si les pas du badaud le portent jusqu’à la Dalbade, il découvrira, cachée dans la cour de la DRAC, une installation de Mona Hatoum, plutôt austère à première vue, mais pleine d’espoir et de vie, qui fait, vraiment, beaucoup de bien.

Jardin suspendu, installation (2008) Numéro d’inventaire : FNAC 10-975, Centre National des Arts Plastiques Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris  Crédit photo : Tony Simoné, Le Printemps de Septembre 2012

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Danse : à la vie, à la mort

Et puis le festival, ce sont aussi les soirées nomades, et cette année l’incontournable Jan Fabre, l’un des chorégraphes les plus influents de sa génération, et son Preparatio Moris, ôde à la vie -ou à la mort, qui se confondent dans une énergie commune explosive, au milieu d’un tapis de fleurs fraîches magnifique.

Préparatio Mortis  © Franck Alix, Le Printemps de Septembre 2012

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Le festival se poursuit jusqu’au 21 octobre, avec des expositions dans une trentaine de lieux dans Toulouse mais pas seulement, ainsi que des conférences, visites commentées, etc. Dont on ressort en se demandant si finalement, toute création ne se donne pas pour but de bouleverser l’histoire, histoire de l’art, histoire personnelle, ou histoire universelle.

Mots-clés : printemps de septembre

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