Depuis trois semaines les ouvriers portugais des quatre filiales de l’entreprise de BTP portugaise ProCME ont cessé de travailler. Ils protestent notamment contre la remise en question d’accords opérée lors de la division en quatre sociétés de la branche française de l’entreprise (voir nos articles à ce sujet). Depuis, certains dorment dans leurs camions ou les entrepôts de l’entreprise. Les négociations, déjà tendues la semaine dernière, ont repris hier et le ton est encore monté. Souvent proche d’un accord avant que la direction ne revienne à plusieurs reprises sur ses positions, les négociations ont débouché sur la démission des quatre responsables portugais.
Les voitures des patrons empêchées de partir par les camions de l’entreprise
La semaine dernière déjà les ouvriers avaient obligé leur patron à négocier. Une réunion au Consulat du Portugal devait se tenir jeudi dernier en présence du directeur des ressources humaines du groupe. Ce dernier n’est finalement pas venu, pas plus que Gabriel Marques, directeur de ProCME France, pour une nouvelle réunion à la préfecture avant-hier. Mercredi matin, les quatre directeurs étaient présents sur le site de Ramonville. Les négociations ont démarré à 11 heures en présence de l’inspection du travail. En début d’après-midi, Ludovic Arberet secrétaire de l’Union locale CGT Toulouse –Sud, exprimait un relatif optimiste. « Ils ont accepté la proposition d’une rupture conventionnelle de contrat pour les salariés qui veulent quitter l’entreprise et nous négocions les indemnités légales de licenciement plus une indemnité pour compenser ce qu’ils ont vécu. » En fin d’après-midi, après une volte-face de la direction qui revenait sur ses positions, les esprits se sont échauffés. Les voitures des directeurs ont été bloquées sur le parking.
« S’ils démissionnent, c’est pire pour nous. On fait quoi ? On attend la liquidation judiciaire ? »
L’inspection du travail a alors posé un ultimatum à la direction : la reprise des négociations ou la démission. Vers 18 heures, les discussions ont repris. En présence des salariés, un protocole d’accord a été établi prévoyant notamment le maintien du retour au Portugal toutes les cinq semaines, le paiement du gite lors des déplacements des ouvriers, une rupture conventionnelle avec indemnités légales et deux mois de salaires en plus. Les discussions ont été parfois musclées avec des ouvriers déterminés. Puis, le document a été transmis à la direction du groupe au Portugal. « Dix-sept jours qu’on attend pour rien, confie un ouvrier. Ils reviennent sans cesse sur leurs positions et nous prennent pour des cons. S’ils démissionnent, c’est pire pour nous. On fait quoi ? On attend la liquidation judiciaire ? ». A ses côtés, Marcio, jeune chef d’équipe, six ans de boîte, estime qu’on « ne peut pas construire son futur avec une entreprise comme celle-là ». « Depuis six ans ils changent les contrats et nous traitent comme des chiens, poursuit-il. Ils pensaient faire une charrette, nous renvoyer au pays en se disant que nous n’allions rien dire comme font les Portugais. Mais nous, on a fait du bruit ».
Le directeur : « Nous avons assumé nos responsabilités »
En début de soirée, la direction refusait finalement une nouvelle fois de revenir sur ses positions de début de journée. Les quatre directeurs ont alors présenté leurs démissions. « Les négociations ont bloqué. Nous avons fait de gros efforts mais nous avons vu que nous ne pouvions pas faire avancer les choses, alors nous avons assumé nos responsabilités », estimait Gabriel Marques. Les gestionnaires dépourvus de mandats sociaux pour négocier, les ouvriers portugais des filiales de ProCME se retrouvent après près de vingt jours de grève sans interlocteur.






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