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Quelle Présidence normale ?

François Hollande à la Bastille après sa victoire à la présidentielle de 2012 / Photo CC

Quel va être le visage de la présidence Hollande face aux réalités économiques, budgétaires, internationales ? Le temps politique risque de changer. Se profilent aussi prochainement les législatives dont dépendent l’avenir de l’UMP et du FN et la composition de la nouvelle majorité.

Par Stéphane Baumont, professeur à l’Université Toulouse I Capitole et membre du Parti Radical

 

 

Après l’hyperprésident, voilà élu celui qui se veut le « Président normal ». Après un quinquennat absolu sur le plan de la vitesse politique et du bonapartisme d’engagement, l’arrivée au pouvoir d’un « petit père Queuille » mitterrandisé à la simplicité apaisante et à la proximité ressentie; après le candidat victime de la crise et de l’augmentation du chômage (qui ont favorisé partout l’alternance en Europe), victime d’un « anti-sarkozysme«   et d’un véritable climat de haine dont il faudra bien un jour analyser les racines, voilà la France engagée dans un nouveau paysage politique où le rapport au temps serait différent.

Vite, très vite les contraintes du projet, des législatives, du calendrier international mettront le nouveau Président sur le grill après des échanges très républicains le soir des résultats qui ont vu grâce à l’AFP et aux sites étrangers la fin du suspense si bien entretenue que la Place de la Bastille était déjà noire de monde et de supporters de François Hollande dès 19h30 !

 

Voilà la France engagée dans un nouveau paysage politique où le rapport au temps serait différent.

 

La gauche face aux réalités

« La victoire de la gauche ,c’est pas l’entrée au paradis, c’est l’entrée dans l’enfer de la réalité », affirmait Daniel Cohn-Bendit il y a un mois. La réalité avec la nomination du nouveau Premier Ministre (Aubry, Ayrault, Valls), celle des autres ministres avec l’exigence de la parité hommes/femmes, le renouvellement générationnel et l’ouverture aux partenaires de gauche (écologiste et radicaux de gauche) ; la réalité avec plusieurs mesures emblématiques mises en œuvre par décret (retraite à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travaillé à dix-huit ans et ayant cotisé 41 annuités, le prix des carburants bloqués pour trois mois) ; la réalité sur les marchés financiers (le 17 Mai Paris doit emprunter 12 milliards d’euros sur les marchés financiers afin de rembourser sa dette ; éviter l’envolée des taux) ; la réalité avec le marathon budgétaire et fiscal (Audit financier sur l’état de la France, réalisation des réformes fiscales promises par le candidat) ; enfin réalité du calendrier international contraignant du G8 des 18-19 Mai chez Obama, du sommet de l’OTAN à Chicago, du sommet de Bruxelles du 31 Mai, au sommet du G20 au Mexique.

Autant de fragments de la réalité à traiter au moment où, à l’exception du Conseil Constitutionnel, la gauche contrôle tous les lieux de pouvoir de la République : la Présidence de la République, la Présidence du Sénat, la France territoriale (toutes les Régions sauf une, l’Alsace, toutes les grandes villes sauf Bordeaux, Nice et Marseille, les deux-tiers des Conseils Généraux). Dès lors, dans l’immédiat de la Présidence Hollande, trois questions se posent :

  1. Y aura-t-il une vague rose aux législatives ?
  2. L’UMP risque-t-elle d’imploser ?
  3. Le FN sera-t-il l’arbitre des législatives ?

 

Autant dire que l’hypothèse d’électeurs voulant installer un contre-pouvoir à « l’Etat-PS » est loin d’être une hypothèse d’école.

 

Cohabitation peu probable, implosion de l’UMP envisageable

A la première question, l’histoire politique sous la V° République semble incliner à répondre par l’affirmative avec les précédents de 1981, 1988 et 2007 où le Président rentrant avait obtenu la majorité parlementaire de sa politique, c’est-à-dire la même que celle qui l’avait porté à l’Élysée.

Mais il ne peut pas oublier les autres cas de figure de 1986, 1993 et 1997 qui ont conduit la France à neuf années de cohabitation. Même s’il n’est pas d’exemple sous la V° République où le nouveau Président n’ait pas gagné les législatives dans la foulée de sa propre élection, le vote qui l’avait porté au pouvoir était alors non pas un vote de rejet de l’autre (comme en 2012) mais un vote d’adhésion. Autant dire que l’hypothèse d’électeurs voulant installer un contre-pouvoir à « l’Etat-PS » est loin d’être une hypothèse d’école.

 

Le rêve de Marine Le Pen étant et restant l’implosion à droite.

 

A la deuxième question, l’UMP risque en effet d’imploser s’il y a la guerre des chefs, (Copet, Fillon, Jupé), s’il y a échec dans la fédération des courants de l’UMP, si la médiatisation des dangers d’un Etat-PS accroche un électorat qui pourrait être démobilisé par l’échec de Nicolas Sarkozy.

Enfin, à la troisième question, Marine Le Pen entend profiter de la dynamique des Présidentielles pour imposer des triangulaires quitte à faire perdre l’UMP. Mais les candidats FN ne rééditeront peut-être pas le score de leur leader et auront non seulement du mal à multiplier les triangulaires mais aussi à avoir quelques députés ! Le rêve de Marine Le Pen étant et restant l’implosion à droite.

 

Le pouvoir de solliciter

Reste à savoir si le Président « normal » va donner à ses fonctions ce que disait Michel Debré le 27 Août 1958 devant le Conseil d’État : « Le Président de la République n’a pas d’autre pouvoir que de solliciter un autre pouvoir ; il sollicite le Parlement, il sollicite le Conseil Constitutionnel, il sollicite le suffrage universel. Mais cette possibilité de solliciter est fondamentale. »

Mots-clés : baumont

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