Réquisition, expulsion. Réquisition, expulsion. Invisibles pendant ces temps forts parfois médiatiques, des familles sans hébergement sont ballotées au gré des expulsions et de l’ouverture de nouveaux locaux. C’est le cas rue du professeur Jammes, où 46 personnes attendent avec anxiété une prochaine expulsion au coeur de l’hiver.
Une escale au milieu de la rue
C’est un immeuble de quatre étages datant des années cinquante comme on en trouve des dizaines dans le quartier des Minimes. Occupés depuis la fin août dans le cadre de la campagne de réquisition, la dizaine de logements accueille entre quarante et cinquante personnes dont neuf familles avec plusieurs enfants.
Au premier, on trouve Igor* et Vassili*, d’origine Bulgare. Avec deux de leurs compagnons, ils ont trouvé refuge ici après la destruction de leur campement de fortune sur l’île du Ramier. Pas d’anglais ni de français mais des gestes pour signifier qu’ils sont soulagés de pouvoir dormir. Une militante détaille : « On leur a proposé des chambres séparées mais ils préfèrent dormir dans la même pièce. Cela les sécurise. »
A l’évocation du mot « police », son fils sort de la chambre en courant : « Qu’est-ce qu’il se passe ? »
Droit à l’hébergement opposable et en squat
La peur de l’arrivée de la police est omniprésente, l’immeuble étant officiellement en procédure d’expulsion pour conduire à sa démolition. Dans les coins des pièces, des sacs sont d’ailleurs prêts et ficelés pour parer à toute éventualité. Au second étage, Fatima* est d’ailleurs en plein bouclage des bagages. Dans son appartement propret, elle et sa famille se préparent à déménager. Les militants de la campagne de réquisition ont anticipé et vont l’accueillir dans un des douze autres bâtiments ouverts, principalement situés dans le secteur du Faubourg Bonnefoy.
Venue en France pour faire soigner son mari souffrant d’un lourd handicap, Fatima et son fils de cinq ans vont de squat en squat depuis 14 mois. Et pourtant, la famille est bénéficiaire du droit à l’hébergement opposable comme l’indique Fatima, document à l’appui en date de février dernier. « J’appelle le 115 tous les jours mais on me répond : pas de places. Et là, il faut encore déménager pour éviter de se retrouver à la rue avec l’arrivée de la Police. » A l’évocation du mot, son fils sort de la chambre en courant : « Qu’est-ce qu’il se passe ? » Rien pour le moment mais l’incertitude est dans tous les regards. Comment continuer à scolariser les enfants pour les plus chanceux ? Ou plus simplement, où dormir après l’expulsion ?
Repartir vivre dehors
C’est la question que se posent Miglena, son mari et ses deux enfants. Originaires de Bulgarie, ils sont également venus en France pour des raisons médicales. Leur fils de quatre ans ne parle pas et selon cette femme, personne ne veut le prendre en charge là-bas. Arrivés il y a huit mois, ils ont débarqué non loin du Pont St-Michel où ils ont planté la tente. Sans eau, sans pouvoir laver correctement les enfants, leur vie est vite devenue un enfer.
Jusqu’à ce que le petit se fasse mordre à plusieurs reprises par un rat lors de son sommeil. « On nous a indiqué qu’on pouvait venir ici », précise Miglena dans un français hésitant. Deux mois et demi de répit remis en cause au cœur de l’hiver. « Il fait trop froid pour retourner dehors. Si on nous expulse, j’irai directement à la préfecture avec mes enfants pour qu’au moins ils les hébergent. » A la veille de Noël, ce sont donc une quarantaine de personne qui risquent de dormir dehors sans qu’aucune proposition de remplacement n’ait été formulée. Une délégation avait interpellé le dernier conseil municipal mais la réunion qui avait suivi n’avait rien donné, Etat et collectivités se renvoyant la balle.
* Les prénoms ont été changés






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