Des studios de cinéma aux portes de Toulouse, il en est question depuis le printemps dernier et l’évocation de l’implantation des studios américains Raleigh sur l’ancienne base militaire de Francazal. Bruno Granja, architecte basé à Cugnaux et à l’origine de ce projet, a trouvé un protocole d’accord entre la société d’exploitation qu’il a créée et les studios américains. Reste désormais à attendre la décision de l’Etat, propriétaire des lieux, sur lesquels l’industrie aéronautique a des vues et avec qui le cinéma est condamné à cohabiter. Depuis sa divulgation dans la presse, micros ou colonnes ont été ouverts aux élus, porteurs de projet ou leurs représentants qui ont vanté tous les mérites et retombées positives, notamment économiques, d’une telle réalisation. En revanche, la parole a été très peu donnée aux techniciens et intermittents du cinéma, pourtant premiers concernés. Nous avons alors choisi de la donner à Sylvie Duluc, régisseuse de cinéma et présidente de l’association Midifilm qui regroupe nombre de techniciens et réalisateurs de Midi-Pyrénées. Si à titre personnel elle se dit emballée par un tel projet, elle témoigne du scepticisme de la profession qui a parfois cru à un canular au départ.
Les techniciens ont-ils été associés aux discussions autour de ce projet qui concerne directement les techniciens du cinéma ?
On ne nous a pas spécialement consulté au départ. Je ne suis pas étonnée. Qu’on s’intéresse aux intermittents, c’est une cause perdue. Ca nous amuse d’ailleurs que les américains voient le potentiel du site que les collectivités n’ont pas vu.
On imagine que les techniciens sont enthousiastes face à une telle perspective ?
Notre position en tant qu’association est assez particulière : il n’y a pas de position collective. Certains sont enthousiastes, d’autres beaucoup plus sceptiques sur les chances de voir le projet aboutir. Il est donc pour nous urgent d’attendre pour l’heure. Personnellement, je ne suis pas sceptique. Je fais confiance à Bruno Granja, c’est un architecte passionné de cinéma.
A quoi attribuez-vous ces doutes de la profession ?
Bruno Granja n’est ni du sérail et n’est pas politique, alors beaucoup ont pensé à un canular au départ. Le scepticisme est très français. C’est un phénomène d’orgueil des professionnels et des politiques. Ce qui nous a le plus agacé c’est le scepticisme général au départ, au-delà de la profession. Il n’est d’ailleurs pas terminé. Les collectivités au départ se sont demandé ce qu’était cette affaire. Elles ont globalement changé d’avis depuis. Mais elles ont mis quatre mois à se réveiller. J’espère que ce retard au démarrage ne fera pas capoter l’affaire. Ils comprennent désormais que c’est sérieux mais on est encore capable de passer à côté. Les américains ne font pas d’investissement au hasard. Je crois qu’ils apportent les garanties.
Les collectivités locales auraient selon vous plus de mal à percevoir l’intérêt économique de l’industrie cinématographie par rapport à l’aéronautique ?
Les films de la Raleigh rapportent plus qu’un Airbus. Avatar (film fantastique en 3D de James Cameron qui a généré près de deux milliards de dollars et dont les volets 2 et 3 seront tournés dans les studios Raleigh, NDLR) ça rapporte bien plus qu’un A380. Mais le cinéma ça ne parle pas à grand monde chez les élus et les collectivités. Ils se disent : « ça ne rapporte pas ». Un avion, ici ça parle. Mais quand la région investit un euro ce sont 7 euros qui sont injectés sur les lieux du tournage par la production. Le cinéma ça rapporte aussi. Avec ce projet, des grosses productions pourront être tournées à Toulouse et dans la région.
Pourquoi le site est-il une idée crédible d’implantation pour de tels studios ?
Francazal c’est juste une évidence. Il n’y a qu’à passer devant ces hangars pour se rendre compte de leurs ressemblances avec des studios de cinémas. Ces terrains ne servent à rien et il n’y a pas beaucoup d’investissements à faire si ce n’est au niveau acoustique. On a tellement d’atouts pour convaincre du potentiel du lieu et plus généralement de la région pour des prises de vue extérieures. Et puis il faut voir que pour les américains, Toulouse c’est la banlieue parisienne et cannoise. Nous n’avons pas les mêmes échelles.
Les porteurs de projet ont évoqué la perspective de 5000 à 6000 emplois créés grâce à ce projet au total. Pour le cinéma, à combien estimez-vous le chiffre ?
En termes d’emplois ce sera forcément bon mais il est difficile pour le moment de le chiffrer. Il est encore prématuré de parler d’emploi. On est tous intermittents, on sait à quoi s’en tenir. Faisons dans un premier temps tout pour ça aboutisse.
Les studios Raleigh sont déjà implantés à Budapest. La production de films même français est parfois délocalisée dans les pays de l’Est où les coûts sont moins élevés. Quels intérêts auraient-ils à venir ici ?
Je les pense intéressés par le savoir-faire. Il y a ici des cellules grises notamment dans le fil d’animation et les technologies nouvelles qui sont bien implantées à Toulouse. On est plus chers que les techniciens d’Europe de l’Est mais on est moins chers que les techniciens américains. Ils auront tout intérêt à nous faire travailler et à ne pas amener des équipes entières américaines.
Les studios permettront-ils à eux seuls pour assurer l’activité du lieu ? La production française est-elle suffisante pour compléter les commandes ?
La production française, je doute en effet qu’elle puisse remplir les commandes. Mais Raleigh c’est un potentiel énorme. Ils vont amener leur carnet de commandes. Et puis la demande de production étrangère, notamment chinoise, est de plus en plus importante. Il y a d’ailleurs un film chinois qui se tournera à Toulouse l’an prochain.
Si le projet se fait, de tels studios pourraient-ils déplacer le centre de gravité de la production cinématographique française de Paris à Toulouse ?
Pour travailler ici, il faut pleurer pour le moment. Il faut faire du lobbying pour faire descendre des productions. Si le projet se fait, ça va clairement changer.
L’image des productions de ces studios ne colle pas vraiment avec celle du cinéma français. Cela peut-il poser problème ? La dimension culturelle d’un tel projet est-elle importante ?
Au niveau culturel, il faut faire attention. Les studios Raleigh produisent des films indépendants mais c’est vrai que la majorité ne sont pas des films intellectuels.
Etes-vous désormais plus associés aux discussions ?
Désormais, on voit Bruno Granja régulièrement. On est intéressé par son projet. On le soutient, on actionne les réseaux, on fait remonter les informations à Paris.
Photo : Flickr Certains droits réservés par Alan Calvert


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