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Tête au carré #3 : nadi.h.cas, la « femme fleur » de Saint-Aubin

doll story et petites peintures de Juin 2012 - nadi.h.cas-NHK

« Tête au carré » est une série de portraits d’artistes toulousains. Ils se dévoilent à travers notre questionnaire et nous font découvrir leurs parcours, leurs travaux, leurs domaines d’expression et leurs œuvres. Aujourd’hui, place au « woman-flower-power » avec la plasticienne nadi.h.cas-NHK.

 

Les amoureux du quartier auront sûrement croisé nadi.h.cas devant l’église Saint Aubin, un dimanche matin, jour de marché, installée sous « l’Arbre » où elle déploie régulièrement son étal bigarré. nadi.h.cas y est souvent accompagnée de sa « femme fleur », avec qui elle voyage depuis plusieurs années, personnage au sourire espiègle, délivrant aux passants ses messages positifs.

NHK a élu domicile à Toulouse en janvier 2000, après dix années passées « en mouvement », transplantant son univers d’un atelier de céramique sur l’Île de Groix à des projets collectifs dans l’Aude. Artiste prolixe, performeuse, impliquée dans les débuts du projet Mix’Art, présidente de l’association Alef Prod, elle aime également provoquer la rencontre, comme ce fut le cas pendant ses séjours en Afrique de l’Ouest, au Sénégal et en Mauritanie. Ainsi sa « femme fleur» s’est récemment invitée dans les travaux d’artistes issus du Village des Arts de Dakar, donnant naissance à une série de 28 toiles composées à quatre mains (« La Femme Fleur s’invite… »).

 

« Je gribouillais sur le goudron, avec une craie, et personne ne m’empêchait de le faire. »

 

Elle qui n’a « découvert la couleur qu’à 32 ans » est désormais identifiée pour ses créations multicolores ; des toutes petites toiles vendues au marché en passant par les grands volumes et les fresques, nadi.h.cas peint une Femme au cœur immense, brandissant sa fleur en nous exhortant à semer du « magik pollen » dans nos existences.

 

Quelle a été votre première filiation imaginaire ?

Je suis née en 1959, alors il faut un peu remettre les choses dans leur contexte : une période à cheval entre le formica, « qui se lave bien » comme disait ma mère, et les toilettes au fond de la cour … une école carrée, où l’enfant n’était pas roi du tout, mais où l’adulte était maître…

À l’époque, on n’avait pas grand chose, alors question imagination, il fallait aller vraiment profond dans sa tête. Ce n’est pas à l’extérieur que ça s’est passé, mais plutôt à l’intérieur de moi. La première filiation provient donc d’une sacrée science cérébrale, bien chimique.

Les premières images marquantes, ce sont les photos de la Guerre du Vietnam. Je ne savais pas si c’était vrai ou pas, comme les premiers hommes marchant sur la lune.

C’est tout cela qui m’a permis une évasion dans la tête, qui a fait que j’ai transformé tout ça en gribouillage. Je gribouillais sur le goudron, avec une craie, et personne ne m’empêchait de le faire.

 

« Il y a une matière que je n’aime pas, c’est la consistance de l’avocat, et son vert affreux. »

 

Qui vous a donné votre don ?

« Et Dieu créa la femme » … et moi je crée la Femme Fleur … Je ne crois pas que se soit un don. Ou un don du chaos. S’il venait de quelqu’un, je demanderais bien à cette personne d’autres choses, car elle a oublié plein de trucs en me donnant ce don-là.

 

Dans votre parcours, qu’est-ce qui vous a le plus formé, et déformé ?

Ce qui m’a formé, c’est la connerie humaine. Entre les mensonges et les indifférences, et ma propre connerie, car je ne m’enlève pas du groupe, ça m’a bien formé, et déformé.

C’est un peu comme pour une plante. La fleur peut être un poison, ou facteur de guérison, selon le dosage. On va faire bien, ou pas bien, c’est selon.

 

« Je ne compte pas sur les gens, mais j’en ai besoin un peu, besoin qu’ils aiment mon travail. »

 

Quel(s) support(s) ne supportez vous pas ?

Je supporte pas mal de choses ! Je ne sais pas exactement à quoi renvoie le « support », c’est un peu une question impossible. Mais il y a une matière que je n’aime pas, c’est la consistance de l’avocat, et son vert affreux.

 

Pour vous, est-ce que ce qui ne se compte pas ne compte pas ?

Non, absolument pas. De même, je ne compte pas sur les gens, mais j’en ai besoin un peu, besoin qu’ils aiment mon travail. Après, qu’ils m’aiment moi, ou pas, ce n’est pas grave.

On peut aimer une personne, mais pas son travail artistique, et on peut aimer le travail artistique, mais pas la personne qui le fait, on peut ne pas aimer ni la personne ni son travail, ou aimer les deux. C’est très relatif.

 

« Au début, en allant à St Aubin le dimanche, certains m’ont dit : ‘tu casses le métier, tu casses l’art’. »

 

Il y a plein de choses sur lesquelles je voudrais ne pas compter : j’aimerais ne pas mettre de prix, j’aimerais ne pas vendre ce que je fais. Il faudrait un jour que le monde comprenne que les artistes pourraient avoir droit à une espèce de pension, qui ferait qu’on n’aurait pas à monnayer notre travail. Quand je monnaye ce que je fais, j’ai toujours l’impression de me monnayer moi-même. Et parfois je me dis je ferais mieux d’être pute, ce serait plus simple.

Je donne beaucoup de peinture, parce que je sais qu’il y a des gens qui aiment mon travail, que ça leur fait du bien. Au début, en allant à St Aubin le dimanche, certains m’ont dit : « tu casses le métier, tu casses l’art ». Mais grâce à ça, aujourd’hui, des personnes ont pour la première fois un tableau chez elles.

Il faut le faire de s’acheter une première œuvre, moi-même j’ai mis du temps avant d’acheter une première peinture. Ça casse peut-être le métier comme certains le disent, mais j’en ai rien à foutre parce que moi, ce n’est pas un métier que je fais.

Je me dis toujours qu’il faudrait mettre deux prix sur une toile : un prix très cher pour ceux qui ont l’honnêteté de dire « moi, je peux mettre cher », et le prix pas cher, pour ceux qui ont l’honnêteté de dire « moi, je n’ai pas d’argent ». Je l’ai déjà fait une fois, et il y a des gens qui ont bien réagi, qui ont vraiment joué le jeu.

 

Quand vous voulez voir le bon côté des choses, de quel côté vous installez-vous ?

Je leur rentre dedans ! Quand je veux voir le bon côté des choses, je me mets dedans et je me dis « et si je faisais ça, ou ça ? ». Je ne regarde pas d’un côté ou de l’autre. Quand une situation me pose réflexion, ou quand une personne me bouscule un peu dans ma vie, je me mets à sa place. De même quand un objet rencontre mon regard : je deviens cet objet.

On a tendance à juger rapidement, sans se mettre à la place de l’autre, dans sa réflexion. Alors je ne me mets ni devant, ni derrière, mais je deviens acteur. Je réponds plus facilement à mes questionnements comme cela.

 

 Et sinon, en dehors de votre activité, que faîtes-vous de vos journées ?

Je voudrais « ne rien faire », mais ce que je fais, c’est que je n’arrête pas de faire des choses ! En dehors de peindre, il faut trouver le moyen de vendre cette peinture. Tout cela, c’est moi qui le fais, je suis mon propre « manager ». Après, les conneries, les papiers, comme tout le monde.

Mon idéal, ce n’est pas de ne rien faire au sens strict, mais lire, peindre, écrire des textes, prendre le temps. Je commence à apprendre à ne rien faire, mais je suis une calme hyperactive : le cerveau est toujours en train de réfléchir, et mon corps est speed à l’intérieur.

 

 

Page facebook de la femme fleur

nadi.h.cas sera présente tous les dimanches, devant l’église St Aubin, à partir du mois d’août

 

Mots-clés : tête au carré

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