Chorégraphe de renom, Akram Khan a fait salle comble au TNT, jeudi soir. Sa dernière pièce, Vertical Road, a conquis, c’est certain, l’immense majorité du public toulousain. Pourtant, malgré les promesses du chorégraphe, à la lecture de sa note d’intention, sa « recherche spirituelle » reste vaine.
Dommage, tant la scène d’ouverture laissait présager de belles choses. L’idée était séduisante: une immense toile tendue en fond de scène. Derrière, un danseur, dont le spectateur ne perçoit que les coups, les caresses, les dessins qu’il trace sur cet écran mouvant. Chaque geste résonne, chaque impact se répercute, comme les cercles concentriques que créent les cailloux que l’on jette dans l’eau. Visuellement, c’est magnifique. Sur le plan chorégraphique, l’idée est vraiment intéressante: les mouvements du danseur sont amplifiés presque à l’infini grâce à ce système de membrane géante.
Mais dès le tableau suivant, on comprend qu’Akram Khan n’entend pas donner une redéfinition du mouvement. La danse, d’ailleurs, disparaîtra bientôt sous le poids de la musique de Nitin Sawhney, écrasante. Sur scène, les sept danseurs se lancent dans une danse rythmée, cadencée, terrienne, forte. L’énergie est là, en puissance. Seulement difficile de faire le poids face à cette bande-son envahissante, trop forte, qui ne laisse plus de place au corps. Rapidement, le spectateur ne voit plus que sept corps danser sur une musique. Une pure et simple illustration de la musique.
On connaît les multiples influences d’Akram Khan. (…) Pourquoi n’avoir pas plus travaillé autour de tout cet apport culturel, le mettre au service d’une danse moins figurative, plus incarnée, plus spontanée et surtout plus humble ?
Trop ambitieuse, la quête d’Akram Khan est perdue d’avance
Les interprètes sont bons, pourtant. On y croit, on pense être emporté par ces élans animaux, vitaux, enragés. On ne demande que ça. Cette pulsation, viscérale, pourrait tendre vers quelque chose d’extatique. Mais n’y parviendra jamais. La volonté de grandiose, de magnificence, de spectaculaire, annihile toute possibilité d’être vraiment touché. Comme un film hollywoodien à grand spectacle. Les ficelles sont trop grosses pour que l’on ait même ne serait-ce qu’envie d’y croire.
Qui plus est, il faut bien reconnaître qu’en enlevant la musique, il ne reste plus grand chose. Akram Khan enchaîne les tableaux de façon disciplinée, et utilise toutes les formes connues à la chaîne, afin d’optimiser l’espace scénique: groupe et contrepoint, pas de deux, ligne diagonale…qui se transforme en ligne horizontale. Difficile de faire plus scolaire. Jamais de surprise. Et pourquoi tant de gravité dans le propos ? Elle devient très rapidement agaçante, tend parfois à la caricature, en particulier dans les dernières scènes, et rejoint la prétention du chorégraphe de donner à voir quelque chose d’ultime.
On connaît les multiples influences d’Akram Khan. On décèle facilement des airs de buto, des allusions au soufisme et à ses derviches tourneurs, par exemple. Pourquoi n’avoir pas plus travaillé autour de tout cet apport culturel, le mettre au service d’une danse moins figurative, plus incarnée, plus spontanée et surtout plus humble ? Car s’il y a bien une vertu que l’homme en quête d’une réponse ésotérique quelconque doit cultiver, c’est l’humilité, sœur de la sagesse. Il en faudra un peu plus à Akram Khan pour parvenir à nous faire toucher du doigt cette fameuse lumière, encore trop artificielle dans Vertcial Road.






1 RÉACTION
Delfour
le 24/11/11
à 18:36
Une autre critique qui rejoint, par d'autres voies, celle qui est proposée ici: http://jjdelfour.blog.lemonde.fr/2011/11/23/vertical-road-de-akram-kahn-un-spectacle-racoleur-et-decousu/ Cordlt JJD