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TNT : Quatre nouvelles de Tennessee Williams, du cinéma ou du théâtre ?

Quatre nouvelles de Tennessee Williams mises en scène par Agathe Mélinand / Photo Polo Garat

À soixante ans, Tennessee Williams écrivait : « Il me semble que quelques unes de mes nouvelles ou de mes pièces en un acte pourraient fournir une matière intéressante et profitable pour des scénarios de cinéma. »

Tout le problème est là. Du cinéma ou du théâtre ? Agathe Mélinand répond, avec une pointe de regret feinte : « Il faudra se contenter du théâtre que vous connaissiez bien [observez l’imparfait]. On y fera un peu de cinéma. » Donc un objet hybride : du théâtre parce qu’il y a des comédiens sur une scène, du cinéma parce qu’il y a des écrans et quelques projections. Mais les comédiens agissent assez peu : certains racontent tandis que d’autres jouent, souvent ils sont inactifs, ils écoutent et regardent.

« Un peu de cinéma » ? Mais aussi autre chose : la lecture de quatre contes de la vie vague. Le résultat est un sentiment de fluidité et d’étrangeté : un objet insaisissable, indéterminable. Le charme indéniable du spectacle est miné précisément par ce mélange. Le rythme temporel du conte, une lenteur qui tamise l’émotion, et le régime charnel du théâtre, une présence vivante qui émeut et trouble, doivent négocier avec le régime iconique captivant des images de cinéma (celles-ci sont peu abondantes car elles tendent à dévorer le théâtre).

La concurrence entre les formes (conte, théâtre, cinéma) demeure irrésolue.

L’immobilité des autres comédiens ou narrateurs fige l’atmosphère autour de Brick Pollit, l’éthylique rasoir et minable. Or, l’alcoolisme n’est pas seulement une caractéristique individuelle ; c’est aussi un système de relations. Si les autres comédiens deviennent des spectateurs, il demeure seul à porter un personnage qui semble encore plus factice. De même, la folie de Laura (un avatar de la sœur schizophrène de Tennessee Williams) est amortie par cet entourage de narrateurs qui endossent le vêtement d’un entomologiste social.

La concurrence entre les formes (conte, théâtre, cinéma) demeure irrésolue. Sans doute souhaite-t-on qu’elle tourne au profit des nouvelles elles-mêmes ou de ce qu’elles racontent : la détresse humaine, l’étrangeté de la vie, l’absurdité des liens sociaux.

La dernière histoire (The malediction), la plus chargée en images vidéo, est la plus aboutie : le personnage s’enfonce dans une solitude qui est bien illustrée par l’immobilité des autres comédiens, laquelle prend une tournure sadique dans Portrait of a girl in glass, voyeuse dans Hard Candy, glacial dans Three players of a summer game (Brick Pollit). Dès qu’un comédien est sur scène, il porte une fonction, il est acteur ; jamais, il ne peut se réduire à un spectateur : il devient témoin ou juge, ou encore figure tutélaire, en tout cas un personnage déterminé par la scène. L’embarras, le sentiment d’inachèvement, cette légèreté semblable à un défaut, tiennent à ce grignotage de la scène théâtrale par des vides d’inactivité, des immobilités floues, un mariage indécis.

par Jean-Jacques Delfour, professeur de philosophie à Toulouse et critique pour la revue Cassandre.

> Quatre nouvelles de Tennessee Williams mises en théâtre par Agathe Mélinand. Jusqu’au 2 décembre 2011 au TNT, petite salle.

Mots-clés : delfour, tennesse, théâtre, TNT, williams

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Trop bien ! Johnny bientôt à Toulouse !!!

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