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Toulouse : De Tintin au Viet Minh, le procès des « souchiens » dépasse le trait d’union

Houria Bouteldja devant la cour d'appel de Toulouse le 15 octobre 2012 / Photo Carré d'Info - Kévin Figuier

Houria Bouteldja, poursuivie par l’AGRIF pour injure raciale, comparaissait devant la Cour d’Appel de Toulouse lundi 15 octobre. L’audience, parfois tendue, a navigué entre interrogation juridique et considérations politiques et historiques. L’avocat général a requis la condamnation de la militante des Indigènes de la République. Compte-rendu d’audience.

 

Terrain politique

En juin 2007, sur le plateau de l’émission de France 3 « Ce soir (ou jamais !) », Houria Bouteldja, militante et porte-parole à cette époque du Parti des Indigènes de la République, désigne les Français de souche, blancs, par l’expression « souchiens ». Pour Bernard Antony et l’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et Chrétienne) qu’il préside, c’est une injure raciale. Jugée en décembre dernier, elle avait été relaxée par le tribunal correctionnel de Toulouse. « Souchien » ou « sous-chiens », en première instance le trait d’union était au cœur des débats. Devant la cour d’appel, il n’en fut pas vraiment question.

 

« La question serait en effet plus utilement traitée sur un autre terrain que celui du droit où elle est en fait très limitée : y a-t-il injure ou non ? »

 

Lundi, les soutiens d’Houria Bouteldja s’étaient réunis place du Salin. Un petit groupe qu’avait fendu peu de temps avant l’audience Bernard Antony, entouré de ses avocats et de Victor Lenta, ancien du Bloc Identitaire et tout nouveau responsable de la section des Jeunesses Nationalistes de Toulouse.

A l’ouverture de l’audience, pressentant des débats longs et digressifs, le président prend les devants. « J’ai vu sur une pancarte à l’extérieur que le combat n’était pas juridique mais politique. La question serait en effet plus utilement traitée sur un autre terrain que celui du droit où elle est en fait très limitée : y a-t-il insulte ou non ? ». 

 

Bernard Antony, président de l'AGRIF / Photo Carré d'Info - Kévin Figuier

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Il avait vu juste : les avocats des parties font des discussions sur les éléments constitutifs de l’injure et du groupe visé derrière le terme « souchien », un prétexte pour démarrer leurs plaidoiries. « Vous dérapez sur le fond », intervient agacé le président.

 

Pierre-Marie Bonneau avocat de Bernard Antony, demande alors à ce que Houria Bouteldja, coiffée d’un châle, se découvre. Le président refuse. « C’est aux hommes de le faire ».

 

Débats tendus

Les échanges sont tendus. Après que le président de la cour a demandé à un homme dans l’assistance d’ôter son couvre-chef, Pierre-Marie Bonneau avocat de Bernard Antony, demande alors à ce que Houria Bouteldja, coiffée d’un châle, se découvre à son tour. Le président refuse. « C’est aux hommes de le faire ».

Pour Henri Braun, avocat de Houria Bouteldja, on nage dans le flou le plus total. « Est-ce une injure, une diffamation ? Quel est le groupe visé ? Les Français, les blancs, les chrétiens ? Parle-t-on de race ? ».  Pour lui, sa cliente a voulu se moquer du terme souchien. Pierre-Marie Bonneau intervient. « C’est un aveu judiciaire à la barre, je demande à ce que ce soit noté ». A la barre, Houria Bouteldja confirme. Elle a voulu se moquer du terme, qui « divise la citoyenneté et la société en deux et dont je me sens victime étant d’origine immigrée ».

 

Cours de linguistique

Jérôme Triomphe, conseil de Bernard Antony, rappelle alors un écrit de la militante sur le site internet du PIR relatant l’affaire. Il veut lui faire dire qu’elle associent les racistes aux blancs et à des chiens.

  • « Il est écrit ‘Les racistes aboient… ». Sous-entendu la caravane passe. Pouvez-vous Mme Bouteldja nous rappeler la citation complète ? Oui, c’est dans Tintin.
  • Les chiens aboient, la caravane passe.
  • (se tournant vers la cour) Voilà !
  • Bravo ! (sourire) »

 

Puis ce fut un cours accéléré de linguistique. Pourquoi souchien et pas souchiste ou souchiote ? « Souchiste signifierait partisan de, souchien est la première acception qui se présente pour signifier l’appartenance à, la référence à une éducation », explique Joseph Dichy, linguiste à l’université Lyon 2, cité comme témoin. Après un incident de séance, le président excédé suspend l’audience.

 

 « Tout le monde trouve une bonne raison pour être raciste. Selon elle le blanc est le méchant »

 

Suspension de séance

A son retour, Pierre-Marie Bonneau attaque. L’objectif pour lui n’est pas de convaincre qu’il faut entendre un trait d’union (sous-chiens) mais « un raccourci au service de la pensée politique de Houria Bouteldja ». « Tout le monde trouve une bonne raison pour être raciste, selon elle les blancs seraient donc comptables de l’histoire coloniale française. Le blanc est le méchant ». Pour lui, derrière le blanc c’est la race blanche qui est visée. Il y a donc racisme.

Jérôme Triomphe, autre conseil de Bernard Antony, achève l’analyse. « Houria Bouteldja s’est construit une idéologie de combat et veut écrire le monde en noir et blanc ». Il reproche alors à l’accusée de célébrer la résistance du Viet-Minh contre l’armée française. Alors, « quand elle parle d’éducation des blancs, il faut entendre rééducation ».

 

« L’avocat général vient de vous annoncer froidement que la race blanche existe »

 

Condamnation requise

L’avocat général n’a pas vraiment gouté les débats. Trop politiques, trop hors-sujet. « La connexion entre souchiens et blancs, c’est ça que la cour doit juger. Dans le contexte, je crois que Houria Bouteldja a sciemment fait un raccourci pour donner de la force à son propos ». Pour elle, le groupe visé est bien déterminé : les blancs. Elle requiert la condamnation de l’accusée ainsi qu’une peine d’amende  « d’avertissement » au regard de son casier judiciaire vide et proportionnelle à la gravité des faits à l’appréciation du juge.

Henri Braun, son avocat, cherche ses mots. Il se dit troublé puis retrouve ses esprits. « L’avocate générale vient de vous annoncer froidement que la race blanche existe. La dernière fois qu’il en fut question à Toulouse, c’était en 1943 quand l’avocat général Lespinasse a demandé la tête de Marcel Langer ». Il défend que les « races n’existent pas, ce sont des construction sociales » et que sa cliente a voulu « ridiculiser une expression selon laquelle certains se revendiquent plus Français que d’autres ». Se tournant fréquemment vers la salle, il conclut en lançant au président de la cour : « Si vous condamnez, vous considérez alors que la race blanche existe ».

Le jugement a été mis en délibéré au 19 novembre.

 

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Pour aller plus loin

 

Saïd Bouamama : « Pourquoi Michel peut-il dire qu’il n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ? »

A lire sur DailyNord l’interview de Saïd Bouamama, sociologue, qui a participé à la rédaction de l’ouvrage « Nique la France » (souvent cité par les avocats de Bernard Antony qui croyaient y voir Houria Bouteldja elle-même sur la couverture) qui vient d’être mis en examen lui aussi pour « injures publiques envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion » nous apprend le site d’informations du Nord-Pas-de-Calais.

 

Mots-clés : souchien

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Quel beau rétropédalage de notre valkyrie du communautarisme préférée : "Pour lui, sa cliente a voulu se moquer du terme souchien. (...) Sa cliente confirme".

Etant donné que le terme était, jusqu'à son apparition télévisuelle dont il est question ici, largement limité au cercle très fermé des Indigènes (idiots) de la République et autres militants réactionnaires de Oumma.com, on voit mal pourquoi et comment elle s'en moquerai... Lire la suite

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